Les investisseurs n'avaient vraiment pas besoin d'un nouveau scandale financier. Déjà particulièrement échaudés par la kyrielle de fraudes comptables aux Etats-Unis, ils se remettaient à peine à croire aux vertus de la Bourse. Et voilà que le scandale du géant agroalimentaire italien Parmalat vient anéantir tout espoir d'un réel retour à l'éthique et à la morale dans le monde de la finance. Le feuilleton vient seulement de commencer avec l'avancement au jour le jour de l'enquête menée par la justice italienne depuis la fin de l'année dernière. Dernier épisode: elle se penche depuis vendredi sur les documents comptables du groupe saisis lors d'une perquisition dans les locaux d'une société écran de ce dernier, selon le Financial Times. Les papiers saisis contiendraient la «structure comptable» de toutes les filiales de Parmalat. Elles seraient au total plus de 200, dont Bonlat Financing Corporation, celle par qui le scandale est arrivé.

Le cabinet américain d'audit Grant Thornton chargé de leur certification est en état d'alerte maximum. Deux de ses responsables sont déjà sous les verrous, soupçonnés d'avoir omis de révéler les irrégularités de deux sociétés offshore du groupe basées aux Antilles néerlandaises et d'avoir falsifié les comptes de Bonlat Financing Corporation, filiale basée aux îles Caïman.

L'affaire Parmalat rappelle celle d'Enron, qui a entraîné la mort du cabinet Andersen. Les similitudes sont frappantes: opacité comptable, dissimulations de fraudes et de dettes, recours aux paradis fiscaux, incompétences des administrateurs et des autorités boursières, implication de banques d'affaires… et mise en cause de l'auditeur. Pour le moment, seul Grant Thornton est inquiété par la justice. Le cabinet d'audit, principal certificateur de comptes dans les années 1990, a conservé un rôle important dans le groupe, même s'il a dû se plier, en 1999, à une nouvelle loi édictée en Italie. Celle-ci oblige les entreprises à changer d'auditeurs tous les sept ans. A l'époque, Parmalat a choisi Deloitte & Touche comme cabinet d'audit principal, tout en conservant Grant Thornton comme certificateur pour les comptes de Bonlat Financing Corporation et d'un certain nombre de ses autres filiales. Il reste sans aucun doute à déterminer si les deux auditeurs s'informaient mutuellement, au moins pour la publication du rapport annuel.

L'enquête s'élargit

Le patron de Grant Thornton, David McDonnell, tient des propos rassurants sur l'avenir du cabinet, à travers des communiqués publiés sur le site Internet. Néanmoins, il fait partie de l'équipe de crise mise en place par Grant Thornton pour mener une enquête interne dans son antenne en Italie. «Nous tenons à préciser que chaque entité est juridiquement indépendante», souligne Nan Williams, porte-parole de Grant Thornton International. Ce point a toute son importance, car il pourrait éviter un effondrement financier de l'ensemble du réseau du cabinet. La structure diffère de celle d'Andersen, cabinet détenu alors grâce à la fortune personnelle des partenaires.

Les enquêteurs se tournent aussi vers la sphère bancaire, notamment aux Etats-Unis. L'enquête montrerait l'implication d'employés de la Bank of America. Toutefois, c'est la banque qui a fait éclater au grand jour le scandale financier, affirmant qu'un des documents attestant de disponibilités financières d'un montant de 3,95 milliards d'euros en faveur de Parmalat était un faux.