Le scandale VW affectera aussi l’industrie suisse

Véhicules La sous-traitance automobile helvétique emploie 24 000 personnes pour 9 milliardsde francs de chiffre d’affaires

Les exportations vont en premier lieu vers l’Allemagne

Le scandale des moteurs truqués de Volkswagen (VW) affecte aussi les sous-traitants qui travaillent pour l’industrie automobile. Depuis lundi, les actions des fournisseurs de composants cotés à la bourse suisse ont dévissé. En quatre jours, le recul a été marqué pour des titres comme Autoneum (–8%) ou Georg Fischer (–7%). L’indice SPI a, lui, cédé près de 5%.

Mercredi, Johann Schneider-Ammann, le ministre de l’Economie, s’inquiétait des conséquences en Suisse de l’affaire. «Nous avons une vallée du Rhin dans notre pays, il s’agit des fabricants de composants et des fournisseurs pour l’industrie automobile allemande. Si la demande devait s’affaisser en Allemagne, en raison de cette crise de confiance, il y aurait un impact direct sur ces fournisseurs», a-t-il déclaré dans l’émission Rendez-vous de SRF.

Quel est le poids de l’industrie de la sous-traitance automobile en Suisse? Il existe peu de statistiques précises à ce sujet. Dans une étude en 2013, l’organisation Swissmem, qui compte 65 membres actifs dans ce secteur, évaluait un nombre de personnes occupées dans la sous-traitance automobile à 34 000, pour un chiffre d’affaires de 16 milliards de francs.

Anja Schulze, professeure en technologie et en management de l’innovation auprès du Swiss Center for Automotive Research (Swiss CAR) de l’Université de Zurich, cite des chiffres inférieurs: soit 24 000 collaborateurs actifs dans la sous-traitance automobile pour un chiffre d’affaires d’environ 9 milliards de francs. Comment expliquer l’écart par rapport aux estimations précédentes? «Il n’est pas dû à des suppressions d’emplois. Cette différence s’explique avant tout par des statistiques plus précises et par l’amélioration des modèles utilisés», explique Anja Schulze. Les données doivent en effet être récoltées au moyen de questionnaires auprès des entreprises de ce secteur.

Le profil des sous-traitants est très divers: «Il y a, d’un côté, de grandes entreprises comme Thyssen Krupp au Liechtenstein, Styner-Bienz ou Feintool. De l’autre, de nombreuses petites PME.»

Par marchés, l’Allemagne reste «de loin» la première destination des sous-traitants automobiles helvétiques, selon l’experte. Viennent ensuite la Suisse – les ventes destinées à d’autres sous-traitants ou équipementiers dans le pays –, la Chine, la France puis l’Italie, selon les données de Swiss CAR.

Faut-il craindre l’impact de l’affaire VW sur les ventes des sous-traitants? Pour Anja Schulze, son effet pourrait être important surtout aux Etats-Unis, où un effondrement des ventes du groupe allemand ne peut être exclu. «En revanche, je doute d’un tel scénario en Europe. Les gens ne vont pas changer du jour au lendemain de marque en raison du scandale des moteurs diesel», prévoit-elle.

Pour Armin Rechberger, analyste à la Banque Cantonale de Zurich (BCZ), la réaction des marchés concernant des titres comme Autoneum ou Georg Fischer est «exagérée». Ils couvrent trois titres liés à l’automobile. A savoir Autoneum, ex-filiale de Rieter, qui réalise 100% de son chiffre d’affaires dans ce secteur; Georg Fischer, avec une part se situant à 37% via son unité Automotive et SFS, basé à Saint-Gall avec une part de 24%.

Point commun de ces trois entreprises, la proportion du chiffre d’affaires réalisé avec Volkswagen est d’environ 4%. Pour Autoneum, cette part inclut de surcroît d’autres marques comme Audi ou Porsche, précise-t-il. Le premier client de la société basée à Winterthour (ZH) étant Ford avec 17%.

De plus, selon l’analyste, il y a de bonnes chances que le recul des ventes de composants livrés à Volkswagen soit compensé par une hausse chez d’autres constructeurs: «Au lieu de vendre des composants à des fabricants de véhicules diesel comme Volkswagen, d’autres marques comme Ford pourraient gagner des parts de marché avec les moteurs à benzine», cite-t-il à titre d’exemple.

Si le scandale «ne va, certes, pas aider à augmenter les ventes de nouveaux véhicules», l’analyste juge qu’il faut garder à l’esprit les ordres de grandeur: «Les véhicules diesel sont peu répandus aux Etats-Unis et Volkswagen n’est pas une marque forte sur ce marché.» Selon lui, le scénario le plus risqué serait que l’on découvre que la fraude ne se limitait pas à VW mais qu’elle concerne différents constructeurs automobiles. Mais il est encore impossible d’établir un pronostic à ce sujet, juge-t-il.

«Très diversifiés, les grands équipementiers comme Autoneum ou Georg Fischer ne sont pas les plus menacés»