L'ampleur du scandale chez Siemens aura eu raison d'Heinrich von Pierer. Patron de Siemens entre 1992 et 2005, puis président du conseil de surveillance du groupe depuis 2005, il a annoncé sa démission, à compter du 25 avril, dans un communiqué publié dans la soirée du jeudi 19 avril.

Gerhard Cromme, président du conseil de surveillance de ThyssenKrupp et président d'une commission gouvernementale qui élabore des règles d'éthique pour les entreprises, doit le remplacer d'ici à la prochaine assemblée générale des actionnaires de Siemens en janvier 2008.

«L'unique mobile, et motif de ma décision, est l'intérêt du groupe», a souligné M. von Pierer. Toutefois, il continue de nier toute implication dans l'affaire de corruption: «Une responsabilité personnelle en référence aux enquêtes actuelles n'était pas le fondement de ma décision.» Né en 1941 à Erlangen, ce juriste et économiste de formation avait débuté sa carrière chez Siemens en 1969. Après avoir été nommé membre du directoire de l'entreprise en 1989, il était devenu président du groupe en 1992 qui, sous sa direction, est devenu une entreprise de dimension mondiale.

«Profond regret»

Depuis l'ouverture d'une enquête à Munich en novembre 2006 sur un vaste détournement de fonds via des comptes à l'étranger, ce personnage influent, nommé conseiller économique de la chancelière Angela Merkel (CDU) en mai 2006 et qui avait noué d'excellentes relations avec l'ancien chancelier Gerhard Schröder (SPD), avait contesté toute responsabilité dans ces pratiques en soulignant les efforts entrepris par Siemens depuis 1991 pour lutter contre la corruption.

Lors de l'assemblée générale des actionnaires du groupe fin janvier, il avait exprimé son «profond regret» face à l'échec de ces mesures. Pour désamorcer les critiques, l'ancien patron de Siemens avait aussi annoncé qu'il ne prendrait dorénavant plus part aux réunions de la commission de contrôle du conseil de surveillance, chargée de faire la lumière sur les affaires de corruption.

Hausse du titre en bourse

Le système de caisses noires avait été mis en place entre 1992 et 2005. L'enquête avait révélé le versement d'au moins 200 millions d'euros de pots-de-vin et Siemens avait même reconnu l'existence de paiements douteux à hauteur de 420 millions d'euros depuis 1999. Plusieurs anciens collaborateurs de M. von Pierer ont d'ailleurs fait l'objet d'arrestations.

Le scandale a pris une nouvelle dimension au mois de février avec l'ouverture d'une enquête à Nuremberg sur des transactions douteuses entre Siemens et Wilhelm Schelsky, l'ex président de l'organisation syndicale AUB et ancien membre du comité d'entreprise du groupe.

Quelques semaines plus tard, Johannes Feldmayer, responsable au sein du directoire de plusieurs secteurs de l'entreprise, était placé en détention. Considéré en 2005 comme un possible dauphin de M. von Pierer, ce dirigeant était accusé d'avoir signé, en 2001, un contrat avec M. Schelsky.

De plus, un procès où comparaissent deux ex-collaborateurs de Siemens, accusés d'avoir versé près de six millions d'euros à deux directeurs du groupe italien Enel entre 1999 et 2002 en échange de deux contrats, s'est ouvert le 13 mars dernier. Autant d'affaires qui rendaient la situation de M. von Pierer intenable.

Dans ce contexte, plusieurs membres du conseil de surveillance avaient décidé de le convaincre de partir. Avec succès. En démissionnant, l'ancien patron espère pouvoir aider «Siemens à sortir des gros titres et à prendre une tournure plus calme».