L’annonce de l’adoption du plan d’aide à l’Irlande dimanche a accru, contre toute attente, les craintes de voir la crise de la dette se propager en Europe, entraînant de nouveau mardi une chute de l’euro et de fortes tensions sur les taux des obligations des pays fragiles.

Tirant les leçons de la crise grecque du printemps dernier, les Européens ont fait en sorte que le plan d’aide à l’Irlande d’un montant de 85 milliards d’euros (112,5 milliards de francs) soit adopté rapidement afin de circonscrire les craintes de contagion. Mais jusqu’ici les marchés ne semblent pas convaincus.

«Les investisseurs ont le sentiment que les Européens tentent de colmater d’immenses brèches à l’aide de petites rustines alors que c’est une totale remise à plat du système monétaire et fiscal qui doit être mis en place», explique Frédéric Buzaré, responsable de la gestion action sur Dexia AM.

«La solution pourrait passer par un traitement global de la problématique de la dette souveraine à l’échelle européen», renchérit Franklin Pichard, directeur de Barclays Bourse, dans une note.

Première victime depuis plusieurs jours des craintes concernant les dettes souveraines, l’euro est depuis l’adoption du plan irlandais en chute libre. Il est passé mardi sous le seuil de 1,30 dollar pour la première fois depuis mi-septembre. A 12H45 (11H45 GMT), il valait 1,3037 dollar contre 1,3121 lundi à 22H00 GMT et 1,3240 vendredi à la même heure.

Bourses contrastées

Sur le marché obligataire où se joue la dette des Etats, les pays qui souffrent sont maintenant de plus en plus nombreux, signe que la défiance se généralise en zone euro.

Depuis le début de la crise irlandaise mi-novembre, l’Espagne et le Portugal sont en ligne de mire des marchés, depuis lundi l’Italie, jusqu’alors relativement épargnée, se retrouve également prise dans cette tourmente.

Or, une hausse des taux rend plus onéreux voire prohibitif le financement de ce pays sur les marchés. Ainsi mardi, l’écart entre les taux des emprunts espagnols et italiens à 10 ans et les taux allemands qui servent de référence dans la zone euro, ont atteint des records historiques.

Les taux d’emprunt des obligations espagnoles à 10 ans ont dépassé mardi matin les 5,50%, établissant ainsi un nouveau record depuis mai 2000. A 12H50 (11H50 GMT) ils étaient à 5,499% contre 5,427% lundi soir.

Quant aux taux italiens, ils affichaient 4,687% contre 4,638% la veille, au plus haut depuis mai 2009. Enfin, les taux portugais évoluaient de nouveau au-dessus de 7% à 7,074% contre 7,033% lundi à la clôture.

Enfin les bourses montraient des situations contrastées, après avoir nettement reculé la veille. La bourse de Francfort progressait de 0,45% et le marché britannique de 0,12%. Le CAC 40 parisien était à l’équilibre et la bourse de Madrid gagnait 0,18%. Celle de Zurich reculait de 0,5%.