L'entrée de Lufthansa dans le capital de Swiss serait imminente, selon la presse dominicale. Le sort de la compagnie nationale serait même suspendu à cette transaction présentée comme celle de la dernière chance. Malgré l'annonce de la suppression de 3000 emplois supplémentaires, de la réduction de sa flotte et d'un réaménagement de son réseau, Swiss perdrait encore trop d'argent. Entre 3 à 4 millions par jour, auxquels il faut ajouter les coûts de restructuration de 180 à 220 millions. Une crise de liquidités menacerait la compagnie d'ici à la fin de l'année. Les conseils d'administration des deux transporteurs devraient adopter ce plan d'ici à début août, avant qu'il ne soit présenté par le Conseil fédéral comme une offre de la Suisse à l'Allemagne. Sous cet angle, la classe politique et l'opinion publique pourraient mieux avaler cette pilule amère, c'est du moins ce que prétend Le Matin dimanche. Joint dimanche, le porte-parole de Swiss, Dominik Werner, ne commente pas «ces spéculations».

Concrètement, la transaction se ferait par échange d'actions, et non par un apport d'argent frais. Lufthansa, qui a aussi fait face à une baisse de fréquentation due aux répercussions de la guerre en Irak et de l'épidémie de SRAS, annonçait en mai une perte opérationnelle de 415 millions d'euros au premier trimestre 2003, avec un chiffre d'affaires en baisse de 4,6% (3,7 milliards d'euros). La compagnie pourrait détenir jusqu'à 49,9% des actions de Swiss, pour ne pas déroger à la législation européenne. Ce chiffre pourrait être, selon Le Matin dimanche, inférieur pour «amadouer les actionnaires et ne pas effrayer les Suisses». Cette entrée dans le capital, dont le pourcentage reste à déterminer, serait «échangée» contre le crédit relais dont a besoin Swiss pour survivre. Les 500 millions de francs, qu'aucune banque suisse n'est disposée à prêter, seraient accordés par le banquier de Lufthansa, Deutsche Bank, dirigée par le Suisse Joe

Ackermann.

La thèse d'un rapprochement avec le transporteur allemand, déjà évoquée il y a dix jours, serait ardemment défendue par André Dosé, le patron de la compagnie. Depuis le démarrage de Swiss, il milite pour entrer dans une des alliances emmenées par les trois transporteurs européens (British Airways/ OneWorld, Lufthansa/ Star Alliance, Air France/Skyteam). Mais aujourd'hui, on aurait dépassé ce stade, avec carrément cette prise de participation libellée dans un contrat qui comprendrait une option d'achat réalisable d'ici à 2 ou 3 ans, selon la NZZ am Sonntag. L'ensemble de la direction ne semble pas être unanime par rapport à cette solution. Une partie voudrait poursuivre l'aventure en restant une compagnie indépendante, sur les conseils du cabinet Bain & Co.

Déjà dans la première phase de la transaction, Francfort accueillerait la gestion du réseau du transporteur helvétique, autant dire qu'elle en prendrait le contrôle opérationnel. En revanche, l'aéroport zurichois Unique deviendrait le troisième hub de Lufthansa, après Francfort et Munich, dont elle vient d'inaugurer fin juin le terminal M2, qui lui est entièrement dévolu et qu'elle a financé. Sur les 26 000 collaborateurs employés à Munich, 5200 ne travaillent que pour le transporteur national. Du coup, EuroAirport (Bâle) et l'Aéroport international de Genève seraient relégués au rang d'aéroport régional. Cette stratégie permettrait à Lufthansa de concurrencer les hubs de British Airways et Air France.

A court terme, Swiss continuerait son exploitation, conserverait son nom et son logo, ses avions, en particulier ses nouveaux Airbus et resterait aux yeux du monde un transporteur helvétique. Mais l'histoire a montré qu'une prise de participation dans le capital d'un concurrent ne garantissait pas la survie d'une compagnie. Les faillites de Sabena et d'AirLib en sont la preuve.