Parmi les 141 start-up sélectionnées par l’accélérateur américain Y Combinator, qui a servi de tremplin à Airbnb ou encore à Dropbox, deux compagnies attirent l’attention: Kobo360, une application de logistique de type Uber connectant routiers et commerçants, et CowryWise, une plateforme d’épargne digitale. Elles sont non seulement les seules africaines de la volée 2018, mais les deux sont originaires de Lagos, la capitale économique du Nigeria, pays le plus peuplé et plus grande puissance économique du continent.

De prime abord le pays ne semble pas réunir les atouts nécessaires pour héberger une scène start-up effervescente, avec son déficit d’infrastructures et ses lourdeurs administratives. Mais les inefficiences du quotidien vécues par les Nigérians incitent les start-up à venir s’y attaquer, avec succès.

Logistique du don de sang

Initialement dans l’ombre du Cap et de Nairobi, les start-up de Lagos ont levé 115 millions de dollars en 2017, soit 20% du total alloué au continent. Bien que ce montant reste très en deçà des flux qu’attirent les marchés développés, il témoigne d’un intérêt bien réel de la part des fonds de capital-risque. La plus grande ville du continent, haut lieu du dynamisme entrepreneurial nigérian, fournit en effet un terrain d’essai idéal sous forme d’un marché immense, et dispose même de son réseau d’incubateurs et d’accélérateurs de start-up, «Yabacon Valley».

La plupart des start-up ciblent essentiellement la classe moyenne croissante du pays et opèrent selon des modèles d’entreprise classiques, type marketplace, e-finance et e-retail. Toutefois, de nombreuses initiatives moins conventionnelles émergent, de la plateforme de crowdfunding d’agriculteurs (Farmcrowdy) à l’application facilitant la logistique du don de sang (LifeBank).

Dans un pays où les espèces restent le moyen de paiement principal, les fintechs rencontrent un succès croissant, en particulier celles qui opèrent sur le segment des transactions de paiement en ligne, comme Paystack ou Flutterwave. Elles sont une aubaine pour les petites et moyennes entreprises, qui peuvent sauter du cash au digital sans devoir passer par la carte bancaire. D’autres initiatives visent à faciliter l’accès au crédit grâce à des algorithmes évaluant la solvabilité d’individus, en l’absence de centrale des risques fiable dans le pays. Dans ce domaine pourtant, l’émergence d’un acteur convaincant se fait attendre.

Accélérateurs américains

L’élan entrepreneurial de Lagos n’est pas passé inaperçu au-delà des frontières du pays, comme en témoigne la visite de Mark Zuckerberg en 2016 ou celle du patron de Google, Sundar Pichai en 2017. Ces passages très médiatisés ont été suivis d’initiatives concrètes: en 2018, Facebook a ouvert son accélérateur de start-up NG_Hub et Google lui a emboîté le pas avec l’ouverture prochaine de son premier accélérateur hors Etats-Unis, Google Launchpad Space à Lagos.

Précisément, les fleurons de la scène nigériane des start-up ont souvent bénéficié de soutien international, autant en savoir-faire qu’en moyens financiers. Parmi les fondateurs, nombreux sont des «repats» (Nigérians de la diaspora ou ayant étudié hors du pays) ou même des étrangers. Jumia, devenue l’une des plus grandes plateformes d’e-commerce en Afrique, a été lancée à Lagos par deux Français; parmi les six fondateurs d’Andela (qui forme des programmeurs nigérians de très haut niveau puis vend leurs services à distance), deux sont Nigérians. Les deux start-up ont bénéficié de financement provenant principalement de fonds d’investissement occidentaux.

Ces exemples illustrent une collaboration réussie entre acteurs locaux et internationaux, les uns fournissant les talents, la connaissance du marché et le dynamisme entrepreneurial, et les autres le financement qui manque encore sur place. Ces ingrédients n’étant pas près de se tarir, la scène start-up nigériane semble promise à un bel avenir, et ira aussi loin que la portera l’ingéniosité de ses participants.