Si, pour Juan Somavia, le salut de l'OIT réside dans la persistance de son combat pour la cause sociale et son vertueux tripartisme, Michel Hansenne, dans un ouvrage qu'il vient d'écrire sur son double mandat passé à la tête du BIT, énumère tous les nouveaux obstacles qu'elle doit affronter après quarante années de guerre froide. Il y raconte aussi les lourdeurs administratives et les paradoxes dont souffre ce qu'il appelle «ce chef d'œuvre en péril».

Extraits:

«La citadelle genevoise»

«Un fossé sépare le quartier général de Genève et les services localisés dans les régions. Les fonctionnaires sur le terrain se plaignent d'être subordonnés et contrôlés par Genève, mis à l'écart de toute décision, voire de toute information significative. (…) Le Bureau paraît souffrir de schizophrénie: tout se passe comme si normes et développement engendraient de telles contradictions qu'il convenait de traiter chaque thème dans l'ignorance de l'autre».

«Pesanteur comptable»

«(…) La très large autonomie des départements s'accompagne d'une centralisation total e et incroyablement lourde du contrôle comptable de toutes les opérations».

«Personnel fugace»

«(…) Comme ce système ne peut fournir en temps voulu les fonctionnaires requis par les exigences des départements, le Bureau travaille avec un volume élevé de personnels recrutés à court terme, renouvelables régulièrement au mépris même des règles qui ne s'appliquent plus – et encore – qu'à une élite chevronnée et à l'abri des pressions (…)»