Alan Brown, fort de ses 36 ans d’expérience des marchés, et responsable des investissements de Schroders, s’est efforcé de relativiser le drame européen lors d’une conférence de deux jours, jeudi et vendredi, à Londres, avec les médias internationaux.

«La dissolution de l’euro serait une formidable opportunité de placement, car de nombreux actifs seraient complètement sous-évalués», a-t-il déclaré. L’expert, physicien de formation, a analysé 69 dissolutions d’unions monétaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Certaines sont parfois anecdotiques (Irak et Royaume-Uni en 1967), d’autres plus intéressantes (Royaume-Uni et Irlande en 1979). Ce sont des événements douloureux, associées à de lourdes pertes pour les épargnants, «mais à chaque fois, la vie des affaires s’est poursuivie après la dissolution», a-t-il observé. La fin de l’euro ne signifierait pas la fin du monde. L’exemple de la monnaie tchèque n’est pas sans parallèle avec l’euro, à son avis. Imaginez la Grèce ou l’Irlande dans la peau de la Slovaquie et la zone euro dans celle de la République tchèque. Les écarts structurels entre les deux parties étaient considérables, mais la crise a débuté uniquement lorsque les capitaux ont commencé à se déplacer. En un seul mois de 1993, la Slovaquie a perdu 60% de ses réserves de change.

Dans le cas de la zone euro, l’expert est pessimiste faute d’union fiscale. Car seule un tel accord peut absorber les chocs économiques. Il est certes possible d’aider un pays en lui apportant des milliards, mais l’accalmie n’est que temporaire. Une injection de milliards d’euros ne modifie pas l’absence d’avantages compétitifs des produits d’un pays, a ajouté Keith Wade, chef économiste de Schroders. Le scénario reste incertain. Si l’Allemagne sortait de l’euro, cela coûterait terriblement cher aux banques allemandes. Car le coût des dépôts bancaires en Allemagne (au passif) partirait à la hausse, alors que la valeur des créances aux pays en difficulté (à l’actif) plongerait.

L’année prochaine sera marquée par une reprise économique (hors d’Europe) qui surprendra les marchés, selon Keith Wade, chef économiste de Schroders. La consommation devrait prendre le relais. L’optimisme est de mise non seulement aux Etats-Unis mais encore plus dans les pays émergents. Les perspectives de croissance de ces pays et la solidité de leurs bilans se traduiront par la poursuite de la hausse des monnaies de ces derniers. Il n’y a pas de bulle. Les actions émergentes peuvent gagner 20-25% en un an, ajoute Allan Conway, responsable des fonds émergents.

Les investisseurs hésitent à prendre des risques. En 2010, un seul des 15 fonds de placement les plus vendus est consacré aux actions, alors que 10 d’entre eux sont des fonds obligataires et 4 des fonds d’allocations d’actifs.

L’attente d’une reprise aux Etats-Unis l’amène à privilégier les obligations à haut rendement et les actions, au détriment des obligations souveraines.

Sur le plan monétaire, Schroders préfère la couronne suédoise à l’euro, les monnaies émergentes d’Asie au dollar et à l’euro.