Horlogerie

Schwarz Etienne, une start-up centenaire

Après de longues années d’investissements, la marque horlogère fondée en 1902 à la Chaux-de-Fonds s’apprête à présenter un Tourbillon à Bâle. Elle veut également vendre ses mouvements à des marques tierces

Au cœur de l’Orée-du-Bois, au sud de La Chaux-de-Fonds (NE), on trouve des grues, beaucoup d’échafaudages aussi. La marque horlogère Schwarz Etienne s’y trouve également. Et à l’image du quartier dans lequel elle se niche, elle est en construction. Depuis son rachat il y a huit ans par Raffaello Radicchi, homme d’affaires du haut du canton de Neuchâtel, elle œuvre à son retour sur le marché horloger. Outre les nouveautés qu’elle présentera à Bâle le mois prochain, elle ambitionne de commercialiser ses propres mouvements à des marques tierces d’ici le milieu de l’année. «Nous sommes pourtant partis de zéro. Je considère Schwarz Etienne comme une start-up», confie son directeur général, Mauro Egermini. Une start-up cependant plus que centenaire. Fondée en 1902 par Paul Arthur Schwarz et sa femme Olga Etienne, la marque s’est d’abord profilée en tant que fournisseur de mouvements pour de grandes maisons telles que Chanel ou Caran d’Ache. La crise horlogère des années 1970 mettra un terme à ce marché: les commandes des «private labels» cessent. Schwarz Etienne tombe dans l’oubli. Jusqu’à son rachat en 2007 par Raffaello Radicchi. L’entrepreneur raconte avoir été séduit tant par le bâtiment historique dans lequel se trouvait la marque, à la rue du Pont de la Chaux-de-Fonds, que par le «tic-tac» des pièces horlogères.

Calibres développés 
à l’interne

Raffaello Radicchi, pourtant davantage habitué à réhabiliter des immeubles que des marques horlogères, a une intuition: si Schwarz Etienne ne développe pas son propre calibre pour faire battre le coeur de ses garde-temps, la marque mourra. Le riche promoteur investit alors «plusieurs millions de francs» pour concrétiser l’idée. Deux mouvements voient le jour en 2013. Un troisième deux ans plus tard, l’Irréversible, un calibre automatique inversé à micro-rotor. Et le Tourbillon, en 2016. Ils ne sont pas certifiés par le Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC). «Nous avons déjà obtenu le certificat sur nos premiers mouvements. Mais à quoi bon, sachant que le niveau de précision sur nos composants est excellent et donc la performance de nos mouvements également? Le COSC est utile pour les moteurs Audi, pas pour les moteurs Ferrari», balaye Mauro Egermini. Aujourd’hui, malgré les investissements consentis, Schwarz Etienne n’est pas rentable. «On prouve qu’on sait faire et ensuite seulement on vend, affirme Mauro Egermini, arrivé à la tête de l’entreprise en 2014, après être passé par Richemont et LVMH. Aujourd’hui, on est prêt à 98%.» Prêt à quoi? A présenter un tout nouveau tourbillon au rendez-vous horloger de Bâle, le mois prochain. «C’est un bel exercice de style et surtout une preuve de savoir-faire horloger», reconnaît le directeur. Un savoir-faire d’ailleurs développé dans son intégralité à l’interne. Raffaello Radicchi a constitué avec des partenaires, au fil des années, tout un groupe industriel pour alimenter sa marque. Atec-Cyl pour les machines d’assemblages, RSM pour les boîtes et bracelets, TMH pour les ponts et platines. Et E2O Innovations, la dernière-née lancée par Mauro Egermini, spécialisée dans la création de pièces pour mouvements: le balancier, le spiral, l’ancre et la roue d’échappement. Cette société partage le même site d’exploitation que Schwarz Etienne. Les mêmes employés également, douze au total. «Nous avons décidé de mutualiser les effectifs pour plus d’efficacité», argumente le directeur. Une holding sera d’ailleurs prochainement créée pour chapeauter le groupe horloger dans son ensemble.

En quête de rentabilité

Outre le développement de ses propres gammes de montres, Schwarz Etienne entend profiter de cette galaxie de sociétés pour produire industriellement des mouvements de base, manuels ou automatiques, dès le second semestre 2016. Et surtout les vendre à des sociétés tierces. Un pari risqué, quand on sait que plusieurs marques se lancent aujourd’hui dans la création de leurs propres calibres, suite à l’arrêt en approvisionnement des mouvements ETA? «Seuls les grands groupes investissent dans des outils de production. Pas les autres», affirme Mauro Egermini. De quoi espérer la rentabilité de la marque? «Nous nous sommes donnés jusqu’à 2017 pour l’atteindre», conclut Raffaello Radicchi.

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