Après l'évasion fiscale, les contrefaçons: le commissaire européen, Laszlo Kovacs, n'est pas tendre avec la Suisse en laissant entendre que c'est un pays trop accueillant pour les escrocs de tout poil.

Selon la statistique publiée lundi à Bruxelles, la Suisse, toutes marchandises confondues, se situe, entre la Géorgie et les Emirats arabes, au sixième rang mondial des principaux pays d'origine de contrefaçons. En ce qui concerne les médicaments, elle figure même en tête (39,2%) devant l'Inde (34,6%). «Choquant», selon Laszlo Kovacs.

Il s'agit en fait d'une dispute de brevets plus que de contrefaçons. Au printemps 2007, durant deux semaines, la douane allemande a retenu cinq lots de médicaments totalisant 1,6 million de pilules à base de morphine, produits en Suisse par Cimex. Cette action a été exigée par l'entreprise bâloise non cotée Mundipharma, qui défend le brevet de son médicament Oxygesic contre le générique fabriqué par Cimex, filiale du groupe suisse Schweizerhall spécialisé dans les génériques. Cette grosse saisie provisoire explique à elle seule l'apparition de la Suisse dans la statistique européenne.

«C'est une insulte envers notre entreprise et nos produits, se défend Luzi Andreas von Bidder, président du conseil d'administration de Schweizerhall. Notre médicament, approuvé par les autorités de plusieurs pays européens est parfaitement efficace. Provisoirement saisi, il a ensuite été légalement vendu en Allemagne». Rien à voir, donc, avec du faux Viagra ou des contrefaçons en provenance d'Inde ou de Chine visant à tromper le patient.

Procès en cours

La saisie douanière soulignée par Laszlo Kovacs s'inscrit dans une procédure judiciaire pour violation de brevet en cours en Allemagne. «Nous ne violons aucun brevet. Nous avons déjà gagné en première instance et sommes très confiants quant au jugement final», affirme Luzi Andreas von Bidder. Le groupe bâlois, coutumier dans l'attaque des brevets non échus, comme c'est le cas dans l'affaire qui l'oppose au laboratoire français Sanofi-Aventis (LT du 14 mai), a limité ses provisions pour litiges à 2,8 millions de francs à fin 2007. Ce montant ne couvre que les frais d'avocat et non les éventuels dommages et intérêts.

Mundipharma insiste, dans un communiqué, sur une protection valable jusqu'en 2012 pour son médicament Oxygesic. «En 2007, il a généré des ventes pour 76 millions d'euros uniquement en Allemagne», relève le porte-parole de l'entreprise.

L'agressivité de Schweizerhall face à des produits protégés ne laisse pas indifférent Thomas Cueni, secrétaire d'Interpharma. «L'industrie pharmaceutique suisse a besoin de la sécurité des brevets. Le fait qu'une entreprise suisse attaque un brevet de cette manière me cause quelque souci. C'est une atteinte à l'image du site de recherche pharmaceutique suisse.» Il s'avoue pourtant impuissant: «Ce n'est pas à moi à intervenir auprès d'une entreprise, de plus non membre d'Interpharam, pour lui dire ce qu'elle peut ou ne peut pas faire.»