«Dans 50% des cas, les personnes qui ont été victimes d'agressions physiques ne présentent, à l'œil nu, aucune trace visible de violence, explique Beat Horisberger, médecin légiste au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Certaines personnes qui portent plainte ne sont ainsi pas prises au sérieux.»

Face à ce constat d'impuissance, Beat Horisberger a cherché un moyen de déceler ces ecchymoses non visibles à l'œil nu. Il a développé, il y a dix ans, une nouvelle méthode d'investigation: la diaphanoscopie forensique, à savoir l'analyse des tissus par la transmission d'ondes électromagnétiques.

Il a décidé d'automatiser et d'optimaliser cette méthode et d'en faire un véritable outil de travail. En collaboration avec la Haute Ecole d'ingénierie et de gestion du canton de Vaud à Yverdon (HEIG-VD), il vient de développer un appareil de diaphanoscopie qui décèle des ecchymoses invisibles à l'œil nu. Non invasif, l'appareil est particulièrement intéressant dans les cas de suspicion de maltraitance d'enfant, lors d'examen de personnes dont la pigmentation de la peau est foncée où les ecchymoses peuvent se confondre avec la couleur de la peau ou encore chez des personnes obèses où les «bleus» profonds n'apparaissent pas ou très tardivement.

Le petit appareil, qui ressemble à une lampe de poche, comprend une caméra couleur munie d'un objectif et d'une source de lumière constituée de plusieurs diodes électroluminescentes émettant un spectre de longueurs d'ondes correspondant à la lumière blanche. Celle-ci est envoyée dans le derme et l'hypoderme.

L'appareil est relié à un PC équipé d'un logiciel d'assistance au diagnostic. Les résultats obtenus sont affichés à l'écran. En présence d'une ecchymose sous-cutanée, une partie de la lumière est absorbée, ce qui conduit à une diminution de sa diffusion dans les tissus sous-cutanés. «Lorsque la lumière rencontre une ecchymose, elle change les propriétés d'absorption des tissus, ce qui peut se voir en temps réel sur l'écran d'ordinateur», souligne Sébastien Tanniger, ingénieur, microtechnicien à l'Institut d'automatisation industrielle de la HEIG-VD.

Commercialisation en 2007

Concrètement, le médecin légiste verra une diminution ou une asymétrie du halo lorsque la lampe source de lumière se trouvera face à une ecchymose. «L'appareil permet également de le délimiter, de déterminer sa date d'apparition, ses causes, sa dimension et sa forme», souligne Marc Correvon, professeur à l'EIVD-VD.

Un brevet sur cette invention a été déposé par le Pactt, le bureau de transfert de technologie de l'Université de Lausanne. Le prototype est désormais terminé. «Nous sommes en phase de validation clinique de l'appareil», souligne Beat Horiberger, qui souhaite commercialiser cette invention, probablement courant 2007. Une start-up pourrait dès lors être créée. Plusieurs institutions et hôpitaux semblent déjà avoir manifesté leur intérêt pour cet outil de diaphanoscopie.

D'un point de vue légal, l'appareil devrait être accepté, étant donné que la méthodologie «manuelle» est reconnue par les instances judiciaires.

«La méthode classique est déjà utilisée pour des expertises devant les tribunaux depuis une dizaine d'années, explique Beat Horisberger. Toutefois, le médecin doit être au bénéfice d'une solide expérience professionnelle pour pouvoir l'interpréter et l'utiliser.» Ce nouvel appareil, développé en collaboration avec le CHUV et la HEIG-VD, a l'avantage d'offrir une assistance au diagnostic, rendant l'examen beaucoup plus fiable. En outre, le travail peut être réalisé quelle que soit la luminosité ambiante.