La société Hybiom, spin-off de l'Université de Fribourg, veut stocker de l'hydrogène sous forme solide pour produire de l'électricité. L'originalité du projet lui a permis d'accumuler les distinctions: prix «Coup de pouce» de la Fondation René Liecthi, sélection par «Venturelab», une initiative de l'Agence pour la promotion de l'innovation (CTI) ou encore prix «Venture 2006», concours organisé par McKinsey et l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ).

Sous forme solide

Petit rappel: une pile à combustible permet de produire de l'électricité grâce à l'oxydation d'un combustible, par exemple l'hydrogène. Son fonctionnement est particulièrement propre. La pile ne produit que de l'eau et ne consomme que du gaz. Pour un poids donné, l'hydrogène génère trois fois plus d'énergie que l'essence.

Une des difficultés majeures réside toutefois dans sa synthèse et son approvisionnement. Dans la nature, l'hydrogène n'existe en grande quantité que combiné à l'oxygène, au soufre et au carbone. Ensuite, l'hydrogène doit être comprimé dans des bouteilles à gaz (pression en général de 350 ou 700 bars) ou liquéfié.

La société Hybiom explore une nouvelle voie. Elle ne cherche pas à stocker l'hydrogène sous forme gazeuse ou liquide mais sous forme solide. «Avec une pression de 5 bars, nous parvenons à stocker deux fois plus d'hydrogène que sous forme liquide, explique Rainer Warth, l'un des initiateurs du projet. En plus, le processus peut se faire à température ambiante sans avoir recours à un compresseur.»

Le projet a été développé par Andreas Züttel, professeur au Département de physique de l'Université de Fribourg, Rainer Warth, Florian Buchter et Benjamin Fumey. Les scientifiques ont conçu un réservoir de sphères métalliques, présentant des espaces dans lesquels l'hydrogène se loge. Le challenge a consisté à trouver la structure métallique offrant beaucoup d'espace et permettant d'offrir une grande quantité de stockage.

A partir de cette découverte, trois applications ont été réalisées. La société a développé une application mobile en collaboration avec l'Ecole d'ingénieurs de Bienne. Il s'agit de la voiture SAM qui a roulé sur une distance de quelque 100 kilomètres avec un seul ravitaillement de 400 gram mes d'hydrogène. «Les voitures électriques roulent également avec des piles. Mais celles-ci sont trois fois plus lourdes. En outre, elles meurent après trois à quatre années d'utilisation et sont très sensibles aux changements climatiques, explique Rainer Warth. Pour les recharger, il faut attendre environ deux heures. Avec notre pile à combustible – moins coûteuse qu'une pile de plomb – il suffit de faire le «plein» en quelques minutes. En outre, elles ont une durée de vie d'environ cinquante ans.» La société Hybiom vise à remplacer les piles des voitures électriques mais également celles d'autres appareils mobiles (machines de nettoyage, les chaises roulantes ou remorques des vendeurs ambulants).

Hybiom a également réalisé un chasse-neige prototype qui ne pollue pas. La jeune société veut également coupler sa pile à des panneaux solaires ou des éoliennes pour stocker l'énergie excessive.

Fondée en 2005, Hybiom cherche à lever 500 000 francs cette année et 1,5 million l'année prochaine. «Nous avons développé un prototype et cherchons désormais à l'industrialiser», explique Rainer Warth qui prévoit des ventes de plus de 8 millions de francs en 2010. La rentabilité devrait être atteinte d'ici à six ans.»