Avec 135000 nouveaux cas chaque année en Europe, le cancer du côlon est l'une des tumeurs malignes les plus fréquentes dans les pays industrialisés. C'est aussi l'une des plus meurtrières, avec un taux de décès qui avoisine 60%. Pourtant, ce cancer est accessible à un dépistage précoce et même à un traitement préventif, car, neuf fois sur dix, ces tumeurs se développent à partir d'un polype bénin, présent dans l'intestin pendant plusieurs années avant de dégénérer. Pour dépister la maladie, les personnes à risque de plus de 50 ans doivent subir une coloscopie, tous les cinq ans. Ils ont pourtant une réticence à l'effectuer. «Moins de 20% des personnes à risque consultent», constate Stavros Therianos, cofondateur et directeur de Diagnoplex. Cette jeune société, basée à Epalinges, veut développer une nouvelle méthode de dépistage du cancer du côlon. «La technologie consiste à repérer la signature moléculaire précoce de la maladie dans un échantillon sanguin. Une coloscopie ne serait idéalement effectuée que si un polype risque de dégénérer en adénome ou en tumeur maligne.» Jacques Essinger, ex-CEO d'Isotis (anciennement Modex), s'est associé au projet.

Brevet américain

Tout a démarré aux Etats-Unis, dans les laboratoires du Rochester Medical Center, une université américaine. Professeur assistant en biologie moléculaire, Stavros Therianos a développé une plate-forme technologique permettant de quantifier très précisément un certain nombre de biomarqueurs, eux-mêmes capables d'indiquer un changement dans un processus cellulaire lié à une maladie comme le cancer.

La méthode permet d'analyser plus de cinquante gènes en parallèle. «Notre technologie remplit un vide entre les biopuces qui analysent le génome humain dans son entier, mais de manière relative, et la PCR (polymerase chain reaction), une méthode qui consiste à amplifier un fragment de matériel génétique en plusieurs millions d'exemplaires. La PCR est toutefois limitée à l'analyse d'un nombre très restreint de gènes», explique Stavros Therianos. Sur cette base, le scientifique a décidé de rentrer en Suisse pour créer une start-up. «Le brevet est toujours détenu par le Rochester Medical Center dont le bureau de transfert technologique nous garantit une licence exclusive.»

Sélectionnée par Venturelab

Parallèlement, Diagnoplex collabore avec Curzio Rüegg, spécialiste de l'angiogénèse, professeur à l'ISREC et au Centre du cancer de Lausanne. Il élabore une liste de biomarqueurs fortement impliqués dans les stades précoces du développement des tumeurs comme le cancer colorectal. «Pour avoir la signature moléculaire reproductible d'une maladie, il faut disposer d'au moins 20 produits de gènes biens ciblés. Il s'agit désormais de montrer que l'intégration de la plate-forme et des biomarqueurs candidats fonctionne», explique Stavros Therianos.

Créée en avril 2005, Diagnoplex vient d'être sélectionnée par Venturelab, une initiative de l'Agence pour la promotion de l'innovation, et a obtenu un soutien du fonds Novartis Forschung Stiftung. Au mois de juin, Stavros Therianos passera quinze jours aux Etats-Unis et rencontrera des investisseurs potentiels. Une situation idéale puisqu'il cherche 1,6 million de francs pour financer une étude pilote sur 30 à 40 patients, en collaboration avec le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et le Centre du cancer de Lausanne. «Puis, une étude à plus grande échelle pourra être effectuée. Potentiellement, le produit pourrait être commercialisé d'ici à vingt-quatre mois, à travers une alliance avec une société qui possède un réseau de distribution», souhaite Stavros Therianos.

Toutefois, la concurrence existe. De nombreuses sociétés pharmaceutiques cherchent à développer, à travers des collaborations, des tests de dépistage du cancer colorectal. La start-up Epigenomics s'est associée à Roche Diagnostics. Leur approche est différente. Ils recherchent les mutations de l'ADN des cellules tumorales circulantes, à savoir les métastases de la tumeur. Johnson & Johnson s'est allié avec OncoMethylome et travaille aussi sur les mutations de l'ADN.

Des chercheurs anglais ont également publié une étude préliminaire basée sur la détection de cellules produisant une protéine spécifique: la MCM-2. Les MCM (minichromosome maintenance proteins) sont des protéines nécessaires à la division cellulaire. Or dans les cellules cancéreuses, leur activité n'est plus du tout régulée. C'est cette particularité que les auteurs ont cherché à mettre en évidence. L'hypothèse de départ est bien sûr que les cellules porteuses de MCM-2 sont cancéreuses. Conduite sur 40 patients cancéreux et 25 hommes sains, cette technique a permis de confirmer 37 cancers dans le premier groupe, dont 9 à un stade précoce.

Finalement, la société américaine Exact Sciences, cotée au Nasdaq, a mis sur le marché, en collaboration avec LabCorp, un test de dépistage non invasif du cancer colorectal. Ce dernier est basé sur l'extraction d'ADN de cellules épithéliales. Le test détecte les tumeurs colorectales et invasives avec une sensibilité située entre 50 et 80%. Ce chiffre chuterait à moins de 20% pour les tumeurs précoces.