En toute modestie, Ronit Lahav-le Coutre précise avant de lever le voile sur ses travaux: «Ma découverte peut échouer lors des essais cliniques, comme 95% des inventions. Je ne veux pas donner trop d'espoir aux personnes atteintes d'un mélanome.»

Pourtant, l'innovation de Ronit Lahav-le Coutre pourrait bien se révéler révolutionnaire. «Ce projet est tout nouveau et plein d'espoir», souligne Ferdy Lejeune, professeur honoraire en oncologie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et spécialiste des programmes sur le mélanome à l'Institut Ludwig de recherche contre le cancer. «Les groupes pharmaceutiques annoncent parfois de nouveaux traitements mais à y regarder de plus près, il n'y a rien de vraiment révolutionnaire.»

Docteur en biologie, Ronit Lahav-le Coutre a découvert qu'un récepteur (Endothelin receptor B) était impliqué dans la prolifération des mélanocytes (cellules productrices de mélanine situées dans l'épiderme chez l'embryon). Ce même récepteur était jusqu'à présent essentiellement connu dans le domaine de l'hypertension artérielle. Après plusieurs années de recherche entre l'Institut Weizmann en Israël, l'Institut d'embryologie cellulaire et moléculaire à Paris et l'Institut californien de technologie (Caltech), la biologiste a remarqué que les mélanomes exprimaient également ces mêmes récepteurs en grande quantité.

Ronit Lahav-le Coutre a donc cherché une molécule permettant de les inhiber. Cet antagoniste (endothelin inhibitors) existait déjà mais pour d'autres applications. «J'ai déposé les molécules existantes sur des cellules de mélanome en culture», explique-t-elle. Les tests précliniques ont été effectués aux Etats-Unis, à l'Institut de recherche Caltech. «Nous pouvons induire la mort cellulaire dans des tumeurs expérimentales ou humaines chez la souris.»

Des essais cliniques vont démarrer d'ici à douze mois. «Je préfère rester discrète sur le lieu des tests cliniques. Il s'agira de suivre un protocole très strict qui ne permettra pas à beaucoup de patients de pouvoir participer à cette étude.»

Ronit Lahav-leCoutre vit aujourd'hui en Suisse. Elle a créé avec son mari, Johannes le Coutre, docteur en biophysique, la société Melcure. Celle-ci a obtenu le prix NETS (New entrepreneurs in Technology and Science) de la Fondation Gebert Rüf.

Défi des cancérologues

Financée, hébergée et soutenue par l'incubateur Eclosion de Plan-les-Ouates (GE), la start-up compte mener à bien les tests cliniques jusqu'à la phase II. «Par la suite, si les essais donnent satisfaction, il faudra s'allier avec une société pharmaceutique car les besoins de financement seront énormes. Il faudra compter plusieurs dizaines de millions de francs pour mener à bien ce genre d'opération.»Vaincre le mélanome est le défi des cancérologues. «Beaucoup de progrès ont été réalisés dans le traitement du cancer du sein ou du côlon, par exemple», explique Ferdy Lejeune. «En revanche, on ne sait pas traiter les mélanomes, un cancer qui croît chaque année. Le nombre de personnes concernées double tous les dix ans et un tiers d'entre elles ont moins de 40 ans.»

Le mélanome est une tumeur maligne de la peau qui se développe suite à la modification génétique d'un mélanocyte. Une lésion brune ou noire apparaît. L'extension de la lésion au niveau de la peau peut s'étaler sur une période allant de quelques mois à plusieurs années. Ensuite, la propagation du mélanome se poursuit en profondeur jusqu'au derme. Si celui-ci ne dépasse pas 1 millimètre de profondeur, plus de 90% des patients sont guéris par ablation chirurgicale. Si l'invasion verticale est plus profonde, le mélanome prend une forme invasive diminuant l'efficacité des traitements et faisant de ce cancer l'un des plus redoutables. «Seuls 10% des patients répondent positivement à une chimiothérapie», souligne Ronit Lahav-le Coutre.

«Il n'y a aucun traitement réellement efficace», note Ferdy Lejeune, qui offre ses conseils à Melcure. Il existe toutefois plusieurs axes de recherche «mais il n'y a encore rien d'abouti». Les autres approches s'orientent essentiellement vers la stimulation du système immunitaire. L'Institut Ludwig de recherche contre le cancer et le centre pluridisciplinaire d'oncologie du CHUV explorent, par exemple, une voie inédite qui combine vaccination et thérapie cellulaire. Le traitement consiste à vacciner le patient avec des peptides qui vont activer la production des lymphocytes tueurs de la tumeur.