Le LifeStraw est considéré comme l'une des inventions les plus marquantes de l'année 2005, selon le magazine Time. Cette pipette qui permet de rendre l'eau potable a été développée par la société danoise Vestergaard Frandsen, dont le siège est à Lausanne, dans les anciens locaux d'André & Cie.

Cette paille en plastique de 25 centimètres de long et 3 centimètres de diamètre permet, grâce à des filtres en textile, d'assainir l'eau de surface. Son utilisation ne nécessite ni courant électrique ni pièces de rechange.

Fabriqué en Chine, le LifeStraw a démarré sa commercialisation au prix d'un peu plus de 3 dollars. «Nous en avons envoyé des milliers au nord de l'Ouganda et environ 60000 au Pakistan après le tremblement de terre», note Mikkel Vestergaard Frandsen, directeur général de la société. Le groupe travaille essentiellement avec les Organisations non gouvernementales, les Agences des Nations unies et les Ministères de santé de nombreux pays. «Ce sont essentiellement les organisations humanitaires qui se chargent de la distribution du produit auprès de la population», note le CEO de la société, qui ne souhaite toutefois pas donner de prévisions en termes de chiffre d'affaires.

Trois inventeurs

Mandatée par le Center Carter - une fondation créée par l'ex-président des Etats-Unis Jimmy Carter - pour créer un filtre luttant contre la maladie du ver de Guinée, la société Vestergaard Frandsen a rapidement élargi le champ d'application à toutes les maladies transmissibles par l'eau. Le procédé a été inventé par trois personnes: le Danois Torben Vestergaard Frandsen, le Hollandais Rob Fleuren et l'Israélien Moshe Frommer. Cette pipette permet de filtrer par aspiration jusqu'à 700 litres d'eau, ce qui correspond environ à une durée de vie de douze mois en tenant compte d'une consommation journalière de deux litres. Elle élimine de manière efficace la plupart des micro-organismes responsables des maladies hydriques telles que diarrhée, dysenterie, typhoïde et autre choléra. Par contre, elle ne permet pas de filtrer l'arsenic, le fer ou les métaux lourds.

Le tuyau renferme du charbon actif qui capture les parasites et une résine iodée antiseptique qui tue les bactéries par simple contact. Des préfiltres textiles sont utilisés afin d'éliminer les particules de moins de 15 microns. Au fur et à mesure de sa progression dans le tube, l'eau est débarrassée de tous ce qui la rend impropre à la consommation. Molécules, germes, bactéries, parasites... Même le goût de sel causé par l'iode est retenu. «Les personnes ayant des problèmes de thyroïde ou étant allergiques à l'iode doivent toutefois demander l'avis de leur médecin avant d'utiliser cet appareil», précise la société.

Plus d'un milliard de personnes à travers le monde ne bénéficient pas d'un accès à l'eau salubre. Les maladies d'origine hydrique entraînent chaque jour la mort de plus de 6000 individus. «Notre objectif est de réduire de moitié le pourcentage de la population ne disposant pas d'un accès durable à l'eau potable d'ici à 2015», explique Mikkel Vestergaard Frandsen, qui a redynamisé une entreprise familiale dont il détient 90% du capital. Le groupe compte aujourd'hui 80 employés, dont une douzaine à Lausanne.

Fondée en 1957 par Kaj Vestergaard Frandsern, la société était à l'origine spécialisée dans le tissage de nouvelles matières synthétiques. En 1963, un département de fabrication de vêtements a été mis sur pied. La vente d'habits de travail constitue encore l'activité principale de la société, qui possède des usines en Irlande et en Pologne.

Parallèlement, le groupe commercialise d'autres produits pour lutter contre le paludisme, à l'exemple de moustiquaires en polyester imprégnées d'insecticide à très longue durée. Il a également développé une couverture en plastique incorporé d'insecticide et destinée à lutter contre le paludisme dans des situations d'urgence.