Formation

Sciences Po Paris veut aussi être l’école de l’innovation

La prestigieuse école parisienne des élites politiques va lancer son école de management et de l’innovation

Sciences-po Paris restera «enracinée» dans les sciences sociales. Mais pour l’avenir, la prestigieuse école des élites politiques françaises (créée en 1872) doit être à l’unisson d’un «monde désormais façonné par les entreprises et le numérique». Tel sera donc le rôle de la nouvelle école du management et de l’innovation lancée lundi en son sein, en coopération avec plusieurs institutions internationales dont l’Université de Saint-Gall. «Sciences-po a vocation à former les futurs entrepreneurs de la transformation explique Marie-Laure Djelic, codirectrice de la future école, ancienne professeure de management à l’ESSEC. Nos étudiants doivent pouvoir rêver les entreprises qui n’existent pas encore.»

Changement nécessaire

Dans un système français d’éducation supérieure réputé trop décalé des besoins du secteur privé, et mal adapté aux évolutions du marché du travail, la volonté affichée par Sciences-po n’est pas de rompre avec ses traditions. Frédéric Mion, son directeur – nommé en 2013 en remplacement du sulfureux Richard Descoings – décédé accidentellement à New York, et raconté dans le détail dans «Richie» (Ed. Grasset), la biographie de Raphaelle Bacqué – l’a répété lundi: «Nous ne renonçons en rien à notre identité, qui reste très associée à l’exercice du pouvoir politique, et à l’interdisciplinarité.» Le changement est pourtant nécessaire: une enquête publiée la semaine dernière indique que 10% des jeunes français sans-domicile-fixe sont diplômés de l’enseignement supérieur. Un record pour les pays industrialisés.

La nouvelle école de management et de l’innovation s’inscrit dans la volonté de l’établissement parisien d’ouvrir, d’ici à 2021, un campus urbain à l’image de la London School of Economics dans un nouveau lieu voisin de son siège historique de la Rue Saint-Guillaume: l’Hôtel de l’Artillerie, place Saint-Thomas d’Aquin, à côté du boulevard Saint-Germain et du campus parisien de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA, dont le siège est à Strasbourg). Elle regroupera plusieurs masters déjà existants et remplacera l’actuelle Ecole de la communication.

«Ecoles thématiques»

La stratégie de l’établissement consiste à organiser son second cycle en «écoles» thématiques: journalisme, droit, relations internationales et affaires publiques. Le cursus de la nouvelle école de l’innovation inclura un apprentissage des techniques numériques, car c’est dans ce secteur que la différence se fera selon Benoit Thieulin, son codirecteur: «Pour changer le monde, les jeunes misent sur «l’empowerement» numérique. C’est une réalité que nous devons intégrer.»

Environ un tiers des étudiants de Sciences-po Paris en niveau master sont étrangers. S’agit-il donc d’en recruter davantage, ou de concurrencer les institutions telles que l’ESSEC ou HEC? Quid du rôle de Sciences-po par rapport aux écoles purement numériques, comme Epitech, à laquelle le président François Hollande a rendu visite lundi au Kremlin Bicètre, ou l’Ecole 42 fondée par le magnat des télécommunications Xavier Niel? «On dit souvent que la Silicon Valley manque de culture politique complète Benoit Thieulin. A Sciences-po, je peux déjà vous dire que cela ne sera pas le cas.»

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