Le Temps: En Aquitaine, des paysans français s'opposent à l'introduction du maïs transgénique de Novartis. Qu'en pensez-vous?

Daniel Vasella: Je considère que ces oppositions sont peu raisonnables car la production de ces semences ne date pas d'aujourd'hui et elle est maîtrisée par les grandes firmes même si la technologie est davantage développée. De plus, seule une petite partie de paysans, marqués à gauche, s'est manifestée. Ce mouvement est marqué idéologiquement. Cela dit, la population se pose des questions car les produits transgéniques sont nouveaux. Et les innovations rendent souvent les gens sceptiques.

Les scientifiques jouent-ils aux apprentis-sorciers en risquant de modifier durablement le patrimoine génétique des plantes?

Les scientifiques ne sont pas des apprentis-sorciers, mais des gens sérieux. Quant aux risques permanents, je n'y vois aucun changement par rapport au passé. De tous temps, l'homme a créé de nouvelles variétés qui ont débouché sur de meilleurs rendements, ou de nouvelles couleurs si on songe aux fleurs. Mais nous le ferons plus rapidement et en introduisant de nouveaux gênes dans ces plantes. Quand on évoque le génie génétique, nous devons parler des maladies qu'il peut contribuer à soigner, du cancer, de la maladie d'Alzheimer, où des traitements adéquats manquent. Dans le secteur de l'environnement, des bactéries développées par le génie génétique seront capables de résorber et de digérer par exemple du pétrole ou des métaux lourds. Dans le secteur de la nutrition, on pourra cultiver des plantes résistantes aux insectes ou aux virus, afin de produire des aliments pour nourrir les gens. Si nous n'avons pas la possibilité de le faire, nous connaîtrons de grands problèmes de nutrition car la population mondiale va augmenter.

R.R.