Banque

Scinder Credit Suisse? Personne n’y croit vraiment

L’investisseur Rudolf Bohli a lancé une offensive lundi soir en divulguant un plan pour diviser la deuxième banque suisse en trois parties, gestion de fortune, banque d’affaires et gestion d’actifs. Les analystes et les autres actionnaires sont très critiques

C’est un coup d’éclat, mais qui n’ira probablement pas plus loin. Lundi soir, l’investisseur zurichois Rudolf Bohli et son hedge fund, RBR Capital Advisors, ont glissé à plusieurs médias, dont le Financial Times et Finanz und Wirtschaft, un plan visant à scinder Credit Suisse en trois entités: gestion de fortune, banque d’affaires et gestion d’actifs. De quoi doubler la valeur de l’établissement, actuellement estimée à environ 40 milliards de francs, assurent-ils.

Un calcul qui n’est explicité dans aucun média et que la société de gestion, contactée par Le Temps, a refusé de développer. RBR Capital Advisors pointe Julius Baer, estimant que son modèle concentré sur la gestion de fortune fonctionne mieux.

Le groupe se montrera plus précis vendredi, lors de la conférence «Robin Hood» de JP Morgan à New York, explique un porte-parole. Il ne confirme pas non plus la position qu’a prise Rudolf Bohli dans la deuxième banque suisse, estimée à environ 0,2% du capital. Il dit cependant être en discussion avec d’autres actionnaires et potentiels investisseurs.

L’actionnaire principal réplique

Parmi ces derniers ne figure visiblement pas le principal actionnaire de Credit Suisse, Harris Associate (9%), qui a déjà répondu à l’offensive lancée depuis les bords de la Goldküste zurichoise. RBR manque d’influence et le plan actuel est en train de montrer des résultats, a estimé David Herro, responsable des investissements d’Harris Associates, cité par Bloomberg, ajoutant que le plan est basé sur une mauvaise appréciation de la valeur des activités de banque d’investissement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Credit Suisse, diplomate, dit «saluer les points de vue de chacun de nos actionnaires». Mais la banque se «concentre sur la mise en œuvre de sa stratégie, conçue pour être développée sur trois ans». Et ajoute: «Son exécution suit parfaitement son cours et nous en attendons qu’elle engendre une plus-value considérable pour nos clients et actionnaires.» Credit Suisse, qui a des contacts réguliers avec les actionnaires, avait déjà dû entendre parler de cette proposition.

Un plan d’une autre époque

Les analystes ne sont pas plus convaincus. «Le plan est mal ficelé, mais surtout il arrive trop tard. Quand on voit maintenant la stratégie d’UBS, sur laquelle Credit Suisse se calque plus ou moins, et qui commence à faire référence, ce sont des propositions d’une autre époque», explique Loïc Bhend, analyste chez Bordier & Cie.

Pour lui, on sait maintenant que la gestion de fortune a besoin d’une banque d’affaires pour servir des clients institutionnels ou très fortunés qui ont des besoins. L’inverse est vrai, poursuit l’expert de l’établissement genevois, la banque d’affaires est risquée et a besoin de beaucoup de capital: tous les établissements qui sont spécialisés dans la banque d’investissement peinent à être aussi rentables qu’avant la crise financière et cherchent à se diversifier. Séparer les deux, conclut l’analyste, «c’est se couper de synergies utiles».

Ce n’est pas la première fois que des actionnaires suggèrent à une banque de diviser ses activités. En février 2016, par exemple, le fonds Knight Vinke Asset Management avait jeté l’éponge après avoir tenté de convaincre suffisamment d’actionnaires d’UBS pendant plusieurs années de séparer la banque d’investissement du reste des activités.

Autre soutien

Rudolf Bohli n’est pas tout à fait seul dans sa croisade. D’après le Financial Times, il aurait le soutien de Gaël de Boissard, ancien responsable de la banque d’investissement de Credit Suisse. Ce Français, décrit comme brillant et potentiel successeur de Brady Dougan, n’a pas répondu à nos sollicitations. Il avait quitté la banque peu après l’arrivée de Tidjane Thiam, l’actuel directeur général, entré en fonction en juillet 2015, s’était consacré au ski, avant de devenir pilote d’avion et investisseur dans les fintechs.

Rudolf Bohli et son fonds d’investissement ont récemment fait parler d’eux, après être intervenus pour dévier la stratégie du gérant d’actifs GAM, dont ils détenaient 4,4%. Mais ils s’étaient assuré l’appui d’autres actionnaires, ce qui semble plus difficile dans le cas de Credit Suisse.

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