Lorsqu'il a repris Scor en 2002, Denis Kessler s'est trouvé face à un défi, avec un faible rating, une absence de gouvernance, des pertes immenses. «Lorsqu'on me demandait ma fonction, je répondais homme de ménage», déclare le président et CEO au Temps. Une phase de redéploiement a suivi, puis de développement, avec les rachats de Revios en Allemagne puis de Converium en Suisse. Converium et Scor ont une histoire commune: tous deux ont connu de graves difficultés, à cause des Etats-Unis, avec une baisse du rating, une recapitalisation. Les deux équipes ont été capables de surmonter les crises, l'opprobre des clients et de la presse. «Je crois beaucoup au «learning by suffering», explique-t-il.

Cinquième réassureur mondial

Scor est aujourd'hui le cinquième réassureur mondial. Grâce aux acquisitions successives de Revios et de Converium, Denis Kessler est à la tête d'un groupe qui dépasse maintenant le cap des 9 milliards de dollars de primes. Il a désormais une nouvelle dimension globale en termes de capacité bénéficiaire et de volume d'affaires: depuis 2005, les primes brutes émises par le groupe ont doublé, et le résultat net a plus que triplé, avec des performances record dans toutes les branches d'activités. Scor se situe désormais au cinquième rang mondial des réassureurs.

La raison première de ce succès tient à la forte diversité des métiers, explique-t-il. Par ailleurs, la somme des parts des deux groupes n'a jamais créé de positions dominantes ou de seuils jugés excessifs par les clients.

Le prochain défi de Scor se nomme Dynamic Lift, un plan à trois ans qui vise une meilleure solvabilité et une rentabilité des fonds propres de 9% supérieure au taux d'intérêt sans risque sur l'ensemble du cycle d'assurance. Ce qui sera impacté par la crise financière, la contraction des tarifs d'assurance (soft market), la baisse des encaissements dans l'assurance vie. En plus, «nous entrons dans une période d'inflation», assure Denis Kessler. Comme nous encaissons des primes aujourd'hui pour payer des sinistres plus tard, nous devons intégrer l'inflation dans les tarifs.»

L'environnement s'annonce difficile, mais le président de Scor reste confiant. D'abord sur la réassurance vie, en raison des besoins de couverture des risques de pandémie, de mortalité, de dépendance, de longévité. Mais aussi dans la réassurance non-vie: après deux années de «sinistralité» assez faible, qui s'est traduite par une baisse des tarifs, les prix devraient se stabiliser dès 2009 ou même remonter, explique-t-il.

La société est depuis deux ans extrêmement prudente dans sa gestion des placements. «Nous prenons suffisamment de risques au passif pour ne pas trop en accepter à l'actif», déclare le président du groupe. La structure de bilan est donc liquide, une duration courte, une faible exposition aux actions. Par ailleurs, il n'a pas d'opérations hors bilan. La prudence se retrouve dans la diversification des métiers, des clients, des traités, des pays. Pourtant les régulateurs ont longtemps ignoré les mérites de la diversification, regrette-t-il: «Si j'écrivais une fable de La Fontaine, le sujet serait: La diversification est la mère de la sagesse.» Ce modèle d'affaires est aujourd'hui soutenu par les régulateurs et repris par des concurrents, comme les réassureurs des Bermudes.

Martin Ebner est le premier actionnaire

A l'avenir, Scor n'entend pas se lancer dans l'assurance directe: «Chacun son métier et les vaches seront bien gardées», selon le CEO. Le groupe n'a pas non plus l'intention de se lancer dans une financiarisation importante de la réassurance. Il souhaite se développer dans des spécialités comme l'agribusiness à partir de la Suisse, soit la couverture des risques de catastrophes pour l'agriculture. Il s'étend aussi dans l'ingénierie, l'aviation, l'énergie (du pétrole au nucléaire). Converium était sorti des Etats-Unis. Mais Scor y était resté fidèle, avec aujourd'hui une grande activité dans le secteur vie (600 millions de dollars) et en non-vie. «Nous reprenons de la croissance. Pour preuve, Scor disposait de crédits d'impôts différés qui avaient été provisionnés. Nous les avons réactivés», selon Denis Kessler.

La réassurance vie développe de nouvelles pistes, par exemple le risque de dépendance, qui répond aux soins de personnes après 80 ans. Scor est numéro deux mondial. Il en existe deux catégories, forfaitaire et indemnitaire. La première est intéressante, car le montant versé est fixé au moment du contrat. La deuxième selon lui est dangereuse. Il est bien compliqué d'évaluer la hausse des coûts de la santé dans les 20 prochaines années.

Suite au lancement de l'offre sur Converium, Scor a obtenu le plein soutien des actionnaires du groupe «Suisse» puisque, le 14 septembre 2007, 97% des actionnaires de Converium ont apporté leurs actions. En octobre, 98% de ceux de Scor ont soutenu l'opération (80% étaient payés en titres et 20% en liquide). Aujourd'hui, le premier actionnaire est suisse, Martin Ebner à travers Patinex, devant un fonds de pension suédois et ensuite des actionnaires traditionnels et des fonds européens et britanniques. «Nous sommes satisfaits de la composition du capital ainsi que du fait que plus de 20 analystes financiers suivent maintenant la société.»

A l'assemblée générale, toutes les propositions ont été approuvées à une très forte majorité. Denis Kessler dispose d'une clause de départ de trois ans de salaires en cas d'OPA sur sa société. Il explique qu'elle résulte du fait qu'en France la loi oblige les actionnaires à voter cette clause après l'autorisation du conseil d'administration.