Scribd, c’est le paradis des lecteurs. En tout cas de ceux qui n’ont pas besoin de sentir le papier sous leurs doigts pour apprécier un bon livre. Depuis début février, le site et l’application offrent un accès en streaming quasi illimité (nous y reviendrons) à près d’un million d’œuvres au prix de 8,99 dollars (8,40 francs) par mois.

Preuve que le concept convainc, le site a enregistré une hausse de 40% de ses abonnés sur un an. Avec 700 000 abonnés, il a généré 50 millions de dollars de revenus en 2017, assure son fondateur Trip Adler. Désormais bénéficiaire, Scribd, basé à San Francisco, peut se permettre de passer à l’illimité ou plutôt de repasser à l’illimité. C’était déjà le cas en 2013 mais la voracité de certains lecteurs (notamment de romans à l’eau de rose type Harlequin) avait poussé Trip Adler et ses équipes à limiter la lecture à trois e-livres et un livre audio par mois.

60 millions de documents

A l’origine, en 2007, Scribd était une plateforme d’édition utilisée pour mettre en ligne par exemple un article pour une revue universitaire. Trip Adler a eu l’idée au cours de ses études à Harvard. Ce service serait aujourd’hui utilisé par 100 millions de personnes dans le monde avec 60 millions de documents «uploadés». Mais ce «YouTube des documents» est devenu «le Netflix des livres».

Le site comme l’application ont une page d’accueil épurée, où les suggestions de lecture regroupées par genre n’occupent qu’une partie du fond blanc. Sur la gauche, les catégories à disposition: livres audio, e-livres, documents, partitions musicales mais aussi journaux et magazines.

Presque de l’illimité

Jusqu’à récemment, Scribd proposait même des comic books. L’intérêt des abonnés pour le service n’a pas été suffisant aux yeux de Trip Adler et ses équipes qui ont décidé de l’arrêter. Des podcasts pourraient en revanche bientôt renforcer l’offre. Comme Netflix, Scribd laisse ses abonnés télécharger certaines œuvres. Plus pratique que le streaming quand l’utilisateur perd du réseau lors d’un voyage en train par exemple.

La notion d’illimité est toutefois à relativiser. Les abonnés ayant tendance à «surconsommer» perdent leur accès aux titres les plus populaires au-delà d’un certain seuil. Ces «super-utilisateurs» représenteraient jusqu’à 8% des abonnés.

Des best-sellers absents

Pour l’utilisateur moyen, le problème est ailleurs. Si Scribd revendique près d’un million de titres, beaucoup ne sont que des livres autoédités. Les best-sellers ne sont pas tous accessibles. Là encore, le parallèle avec Netflix s’impose. Le site de streaming, qui propose très peu de films anciens, ne fait pas toujours la joie des cinéphiles.

Contrairement à Kindle Unlimited, Scribd a noué des partenariats avec Simon & Schuster ou HarperCollins, des éditeurs majeurs frustrés par l’omnipotence d’Amazon. Les accords ont pu être avantageux pour Scribd mais, avec le succès, la renégociation des droits peut se compliquer.

Amazon, toujours leader

En attendant, Scribd s’est fait une place dans un marché incertain (Oyster a rendu les armes en 2015). Pour le même prix, 24symbols ne donne accès qu’à 300 000 e-livres et laisse l’abonné choisir un seul livre audio par mois. OverDrive est gratuit mais il permet d’accéder uniquement aux œuvres disponibles dans les bibliothèques des Etats-Unis.

Le leader du secteur s’appelle sans surprise Amazon. Son service Kindle Unlimited revendique plus de 2 millions et demi d’abonnés et 1,4 million de titres disponibles pour 9,99 dollars (9,30 francs) par mois. Mais le lecteur n’y trouvera pas toujours les derniers best-sellers listés par le New York Times et jamais les titres d’éditeurs comme Hachette. Et pour profiter du livre audio gratuit par mois sur Amazon Premium, il faut être équipé du Kindle ou d’une tablette Fire, deux produits Amazon…

Scribd, bonne affaire ou pas? Tout dépend bien sûr de ses habitudes de lecture. Les prix des livres varient de quelques centimes à des dizaines de francs. Celui qui ne lit que des best-sellers, vendus plus de 10 dollars, pourra y trouver son compte. Mais l’Américain moyen ne lit que quatre livres par an.