Vos finances

Comment se préparer à la fin du cycle?

La normalisation heureuse, soit le scénario d’un resserrement monétaire sans risque boursier, paraît très audacieuse. L’investisseur devrait privilégier les placements qui dépendent le moins des indices

Les marchés ont récemment été secoués par des mauvaises nouvelles aux sources très différentes les unes des autres: la montée du protectionnisme, un ralentissement de la croissance économique, une augmentation des risques d’inflation et la fin de l’augmentation des bilans des banques centrales. Est-ce la fin du cycle haussier et avec elle de la période des «goldilocks» (boucles d’or), laquelle est associée à une solide croissance sans inflation?

«Pour les investisseurs, l’important consiste à observer non pas le niveau de la croissance mais sa variation à la marge, laquelle est en phase de décélération», affirme Sonja Laud, responsable des actions auprès de Fidelity, lors d’une conférence du gérant d’actifs, à Londres.

Divergence entre bourse et économie

Les marchés sont allés plus vite que l’économie, avance-t-elle. Une divergence peut par exemple être observée depuis la fin 2013 entre le rendement réel des obligations en Europe (en forte baisse) et l’indicateur des nouvelles commandes à l’industrie. Cela signifie que le financement des entreprises a été excessivement généreux. Le pic de la croissance a déjà été dépassé, selon Sonja Laud. Fidelity, un des leaders des fonds de placement actifs avec 400 analystes et gérants, n’est de loin pas seul de cet avis. Pour un autre gérant actif, Nordea, le potentiel haussier des actions est limité. Une récession aux Etats-Unis est même possible l’année prochaine. Les investisseurs devraient donc privilégier les placements moins risqués.

Aux Etats-Unis, le sentiment du marché est trop optimiste par rapport à la croissance économique, ajoute Sonja Laud. Le sentiment est ici évalué en combinant des indicateurs tels que la confiance des consommateurs, les nouvelles commandes, le prix des métaux.

L’environnement financier a été soutenu par les banques centrales. En réaction, l’endettement des entreprises non financières américaines s’est sensiblement accru, mais le taux de défaut de paiement de ces dernières a baissé.

«Le marché croit que le scénario des «goldilocks» durera éternellement», constate Sonja Laud. La stratégiste en veut aussi pour preuve la surperformance des actions cycliques européennes par rapport aux défensives. La hausse relative des cycliques surprend dans le contexte d’une perte de dynamisme économique qu’elle observe à travers l’affaiblissement de l’indice des directeurs d’achat en Europe.

La Réserve fédérale américaine a commencé à réduire son degré d’assouplissement monétaire. La normalisation des politiques monétaires accélérera la fin du cycle haussier des actions, selon Sonja Laud. Certes l’excès de liquidités que ces dernières ont créé depuis 2013 ne sera pas corrigé de façon abrupte, mais le changement de tendance pèsera sur les cours.

La hausse des rendements toujours liée à la baisse des actions

La hausse des rendements obligataires n’est pas inoffensive. «La baisse du rendement obligataire a même été le principal moteur de l’expansion du multiple des bénéfices» selon le gérant de fonds de placement. Historiquement une hausse des rendements obligataires est défavorable aux actions.

L’éventualité d’une «normalisation heureuse» est donc assez faible, selon Fidelity. Steve Ellis, responsable des gérants obligataires auprès de l’institut, estime que sur les obligations aussi les niveaux de valorisation sont très tendus tandis que les banques centrales passent du QE (assouplissement) au QT (resserrement du crédit).

Les banques centrales ont atteint leur objectif dans la mesure où l’argent bon marché a amené les investisseurs à prendre des risques. Qu’il suffise de voir l’afflux de fonds vers le capital-investissement («private equity»), ou la hausse des actions américaines de 93% sur cinq ans, des actions globales de 72%, des actions émergentes de 50%. Les obligations n’ont pas été exemptées puisque les gains atteignent 30% pour les titres à haut rendement et 18% pour les obligations «investment grade» en Europe. Il est vrai également que la politique des banques centrales a aussi produit des effets indésirables, tels que la forte hausse du bitcoin et des cryptomonnaies. Les tensions protectionnistes n’arrangent rien. Mais l’investisseur devrait comprendre que les problèmes sont plus fondamentaux, selon Sonja Laud.

L’année 2018 a été marquée par un retour de la volatilité, mais c’est l’inverse qui aurait été étonnant. La volatilité médiane s’est élevée à 10,5% depuis 1980. C’est un environnement qui devrait profiter aux fonds de placement actifs plutôt qu’aux ETF, selon Fidelity. Il est vrai que la déception des fonds actifs depuis 2009 s’est concentrée sur les marchés les plus efficients et où il est plus difficile de battre les indices, comme les actions américaines. Sur les moins efficients, comme les actions asiatiques et les titres de métaux précieux, les fonds actifs ont surperformé.

«L’histoire ne se répète pas, elle rime.»

La fin s’approche, mais elle peut encore attendre deux ans, prévoit James Bateman, responsable de la stratégie Multi Asset auprès de Fidelity. Ce gérant cite Mark Twain: «L’histoire ne se répète pas, elle rime.» Sur les marchés, 2018 ressemble beaucoup à 2007. Mais cela ne signifie pas qu’une forte baisse se produira rapidement. D’ailleurs ce responsable de l’allocation des actifs propose toujours de surpondérer les actions et d’en acheter lors de replis sensibles.

Mais la priorité consistera à préserver le capital et à privilégier un rendement durable dans un contexte où l’exposition purement indicielle sera risquée, affirme Eugene Philalithis, gérant de portefeuille pour Fidelity. La question que doit se poser l’investisseur consiste à savoir quel portefeuille il aimerait détenir à la fin du cycle.

A la recherche de titres qui échapperaient aux corrections du marché, Nick Peters, gérant de portefeuille, apprécie par exemple les actions des groupes télécoms européens. La performance de ces derniers a été longtemps décevante si bien qu’ils sont bon marché. Deutsche Telekom, France Télécom et Vodafone se sont adaptés à l’arrivée de nouveaux concurrents et deviennent plus compétitifs, ce qui devrait améliorer leurs marges bénéficiaires. Leurs dividendes sont également intéressants. D’une manière générale, les placements alternatifs sont à privilégier parce qu’ils évitent une corrélation trop forte aux indices. Fidelity aime bien les infrastructures et les hedge funds «event driven».

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