La fermeture de l’usine PSA à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), annoncée jeudi, rappelle la fin d’un autre haut lieu de l’automobile française: Renault sur l’Île Seguin à Boulogne-Billancourt, il y a vingt ans, le 31 mars 1992. Dans cette forteresse ouvrière, qui s’était notamment fortement mobilisée en mai 1968, la production avait démarré en 1929. Les voitures les plus populaires de la marque au losange en sont sorties: la 4 CV (plus d’un million d’exemplaires), la R4 (plus de cinq millions). Dotée de sa propre centrale électrique, de pistes d’essai et d’un port fluvial, Renault-Billancourt fut la plus importante usine automobile française, employant jusqu’à 35 000 personnes.

Mais le 27 mars 1992, ses chaînes de montage s’arrêtaient, en présence d’une petite centaine d’ouvriers, de techniciens et de cadres, après l’assemblage à 11h20 précises de la dernière voiture – une «Supercinq» blanche. «C’était poignant, pathétique», témoigne alors un délégué syndical. «On avait l’impression d’assister à un enterrement.» Les jours suivants servent aux derniers contrôles techniques des véhicules encore sur l’île et à l’arrêt définitif de l’outillage. Le 31 mars, les portes de l’usine sont closes, deux ans après l’annonce de sa fermeture, début 1990. Machines et installations techniques sont déménagées vers d’autres usines. D’un peu plus de 3.800 personnes début 1990, les effectifs ont été réduits à 1.100 environ, pour lesquelles un plan social est mis sur pied comprenant des départs en pré-retraite, des aides au départ volontaire et des reconversions.

Pour la démolition, quelque 40 000 tonnes de ferraille doivent être évacuées de la douzaine d’hectares du site. Les travaux de réaménagement se révèlent particulièrement ardus à cause d’importantes quantités d’amiante, de produits polluants et du béton injecté au fil des ans dans le sous-sol pour stabiliser l’île. La reconversion de l’île de la Seine à l’ouest de Paris a ensuite été au centre de nombreuses controverses. Après de nombreux projets avortés, dont celui d’un musée d’art moderne du milliardaire François Pinault, l’ancien terrain vague est en train d’être réaménagé en pôle des arts plastiques et visuels, baptisé R4 en souvenir de la voiture emblématique construite sur l’île. Les travaux devraient être achevés pour 2015.