Des encouragements plutôt que des coups de bâton. L'Union européenne proposera cet automne, lors de la troisième conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle, d'inciter les pays en voie de développement à souscrire aux normes sociales internationalement reconnues, en engageant avec eux un dialogue constructif plutôt qu'en les menaçant de sanctions commerciales.

La promotion de la démocratie, le respect des droits de l'homme et des normes du travail figurent parmi les principes fondamentaux que l'Europe défendra à la table de l'OMC. Sir Leon Brittan, le commissaire européen au Commerce extérieur, a présenté jeudi les grandes lignes de la stratégie que les Quinze peaufinent dans la perspective de la réunion de Seattle (du 30 novembre au 3 décembre). Une stratégie dont les chefs de la diplomatie européenne ont entamé l'examen le mois dernier. Ils la finaliseront d'ici octobre en définissant le mandat de la Commission, qui négociera en leur nom dans le cadre de ce «Millenium Round».

Les Quinze ont déjà annoncé qu'ils étaient favorables à un cycle de négociations globales, limité à trois ans. «Un cycle complet de négociations menées d'un seul tenant, juge Bruxelles, est la meilleure garantie d'une répartition équitable des avantages entre tous les membres de l'OMC et contribuera, de ce fait, à la croissance économique». Les ambitions de l'Union, avertit cependant Sir Leon, «doivent rester raisonnables et être modulées de manière à rallier les suffrages et non les décourager».

Politique agricole

Ce nouveau round devra permettre en premier lieu de poursuivre le processus de libéralisation des échanges agricoles, conformément aux engagements pris à Marrakech en 94. Un sujet délicat. Washington en profitera pour obliger les Quinze à réduire encore leurs subventions et s'ouvrir aux produits issus de la biotechnologie. Franz Fischler, commissaire européen à l'Agriculture, reconnaît toutefois que la très modeste réforme de la politique agricole commune décidée au printemps dans le cadre de l'Agenda 2000 laisse peu de marge de manœuvre aux Quinze.

Outre les services, l'Union propose d'élargir l'ordre du jour du «round du millénaire» aux investissements, à la concurrence et à l'environnement. La Commission suggère de lancer les négociations sur les investissements dès la réunion de Seattle, sans attendre les résultats des négociations sur l'AMI (Accord multilatéral sur l'investissement) à l'OCDE. Au chapitre de la concurrence, Bruxelles se dit favorable à la mise en place, entre les 134 membres de l'OMC, d'un «cadre contraignant de règles multilatérales».

La Commission s'étend par ailleurs longuement sur la notion de «développement durable» et la place des pays en voie de développement dans le commerce mondial. Sir Leon appelle les nations industrialisées à admettre «en franchise de droits» d'ici 2003 la quasi-totalité des exportations des pays les plus pauvres de la planète, majoritaires au sein de l'OMC. Des pays auxquels l'Europe ne veut au demeurant pas forcer la main en matière sociale.

Le «Millenium Round» devrait être mis à profit pour les inciter – plutôt que les forcer – à respecter les normes internationales sur la protection des enfants. «Ce n'est pas notre intention de recourir à des sanctions commerciales pour promouvoir des normes de travail», souligne Sir Leon, faisant valoir que des «mesures restrictives» peuvent s'avérer «contre-productives». De quoi rassurer les pays en voie de développement: ils voient dans les leçons de morale des Occidentaux une ingérence dans leurs affaires intérieures et une forme déguisée de protectionnisme.