Le gendarme de la bourse américaine, la SEC, a annoncé vendredi qu’elle poursuivait la banque d’affaires américaine Goldman Sachs pour «fraude» sur la vente de titres d’investissement liés à des crédits hypothécaires à risque, dits «subprime». D’autres banques que Goldman Sachs pourraient être poursuivies par les autorités américaines pour fraude sur des produits financiers liés aux crédits subprime, a laissé entendre vendredi le gendarme de la Bourse (SEC).

Goldman Sachs et l’un de ses responsables, Fabrice Tourre, sont accusés d’avoir fraudé face aux investisseurs en faisant «des déclarations trompeuses et en passant sous silence des faits essentiels sur certains produits financiers liés aux prêts subprime au moment où le marché de l’immobilier résidentiel américain commençait à chuter».

La banque aurait notamment caché le fait qu’un de ses importants clients, le fonds d’investissement Paulson & Co, avait poussé à la création de ce produit financier au moment même où ce fonds prenait des positions pariant sur la chute du marché immobilier.

«Goldman, à tort, a permis à un client qui jouait contre le marché hypothécaire d’influencer lourdement quels titres immobiliers devaient être inclus dans un véhicule d’investissement, alors qu’au même moment elle disait à d’autres investisseurs que ces titres étaient choisis par un tiers indépendant et objectif», a accusé un responsable de la SEC, Robert Khuzami, cité dans un communiqué.

«C’est très grave. Cela montre qu’ils ont parié contre leurs clients», a observé Gregori Volokhine, de Meeschaert New York. Cela «pourrait coûter très cher à la banque», si les acheteurs du produit en question devaient se retourner contre la banque et demander compensation.

Si Goldman Sachs était condamnée, «cela représenterait une charge exceptionnelle conséquente, cela serait un problème à court terme, cela serait vu comme très négatif par les investisseurs, mais cela n’entraverait ni ne pénaliserait la croissance de la compagnie à long terme», a estimé de son côté l’analyste bancaire réputé Richard Bove, de Rochdale Securities, sur la chaîne d’informations financières CNBC.

Cette plainte a immédiatement fait chuter en bourse le titre Goldman Sachs, qui perdait 9,80% à 166,21 dollars vers 15h00 GMT après cette annonce. Les valeurs bancaires étaient entraînés dans son sillage. Bank of America abandonnait 6,78%, JPMorgan Chase 5,04%, Morgan Stanley 5,38%, Wells Fargo 4,66%, Citigroup 7,28%. L’indice Bix du secteur chutait de 4,75%.

La plainte de la SEC désigne Fabrice Tourre, un vice-président de la banque d’affaires new-yorkaise, comme principal responsable de cette manœuvre, qui remonte à avril 2007.

Le fonds Paulson avait rémunéré Goldman Sachs environ 15 millions de dollars pour la création de ce produit d’investissement, selon la SEC. Les investisseurs, eux, auraient perdu au total plus d’un milliard de dollars dans l’aventure.