Le Secrétariat d'Etat à l'Economie (Seco) vient de jeter un froid sur les perspectives économiques de la Suisse. Il a revu nettement à la baisse vendredi le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) pour cette année. De 2% en octobre 2004, il le ramène à 1,5%. L'été dernier, il croyait encore à 2,3%.

Les autres conjoncturistes suisses (instituts universitaires ou banques) étaient déjà tous moins optimistes que le Seco depuis plusieurs mois. La banque Sarasin, par exemple, avait pronostiqué le taux de 1,5% déjà à mi-2004. «Le cycle des affaires avait alors atteint son sommet et un ralentissement était plus que prévisible», explique Astrid Frey, analyste de cette banque. Le KOF n'attendait déjà plus que 1,8%, Credit Suisse 1,6%.

Le Seco minimise la nouvelle, parlant d'un léger tassement. C'est tout de même plus de 2 milliards de francs qui ne seront pas générés par l'économie suisse durant cette année. Autant que ce que rapporte le droit de timbre à la Confédération ou encore les recettes fiscales d'une année pour le canton du Valais.

Pour Berne, trois raisons expliquent cette révision: faiblesse du dollar, stagnation de la zone euro et un marché du travail peu propice. Mais force est de constater que ces remarques étaient tout autant valables il y a tout juste trois mois, lorsque le Seco espérait 2% de croissance. Depuis, la rhétorique s'est spectaculairement assombrie. Revue de détail.

Croissance

Octobre 2004: «Pour 2005, on peut s'attendre pour la zone euro à une poursuite de la croissance à environ 2%. Dans l'ensemble, les bonnes perspectives pour l'économie mondiale se maintiennent, même si l'expansion du PIB mondial en 2005 devrait être légèrement plus faible qu'en 2004.»

Janvier 2005: «Aucun redressement notable n'est à prévoir à court terme. L'affaiblissement des impulsions provenant de la conjoncture européenne et la faiblesse du dollar devraient impliquer un léger ralentissement de la dynamique des exportations.»

Investissements

Octobre 2004: «Pour 2005, avec le maintien de l'expansion de l'économie mondiale et des conditions monétaires favorables, l'économie suisse pourra poursuivre son expansion. La croissance sera soutenue aussi bien par les exportations, par les investissements que par la consommation des ménages.»

Janvier 2005: «Bien que les taux d'intérêt demeurent à un bas niveau, la progression des investissements dans la construction et les biens d'équipement devrait être moins marquée qu'en 2004.»

Emploi

Octobre 2004: «Au cours de 2005, l'emploi devrait recommencer à croître. Le groupe d'experts prévoit une croissance de 0,4% en équivalence plein temps en moyenne annuelle. Cette prévision implique un taux de chômage désaisonnalisé de 3% à la fin de 2005.»

Janvier 2005: «Il ne faut guère tabler sur une amélioration rapide et soutenue du marché du travail en 2005. Le groupe d'experts de la Confédération table en 2005 sur une quasi stagnation. En moyenne annuelle, le taux de chômage devrait baisser par rapport à 2004 (de 3,9 à 3,7%). Cette baisse reflétera cependant un nombre plus élevé de retraits du marché du travail (retraite anticipée, formation).»