«Il n’y avait aucun consensus entre les participants sur les mesures à prendre pour lutter contre la force du franc.» Selon ce membre de la commission de politique économique, convoquée vendredi à Berne par Jean-Daniel Gerber, directeur du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), il ne faut pas s’attendre à une force d’initiative de la part du Seco ou du Conseil fédéral. «Attention à ne pas donner un médicament qui aurait plus d’effets secondaires que la maladie elle-même», avertit Jean-Daniel Gerber. Il rappelle les milliards de francs de déficit qu’il a fallu résorber durant trente ans suite à l’octroi, dans les années 1970, d’une assurance de change à l’industrie d’exportation, via l’institution fédérale ad hoc (GRE).

L’avis du conseiller fédéral

Joint à Lucerne, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a déclaré au Temps que le Conseil fédéral «prépare la possibilité d’agir si les conditions devaient changer». Du côté syndical, la déception domine. «Je pensais que la séance irait au-delà de l’analyse de situation et qu’on pourrait au moins discuter des mesures à prendre», note Martin Flügel, président de Travail. Suisse.

Le Seco constate que la Suisse n’est pas en crise avec une croissance de 2,7% en 2010 et un taux de chômage en baisse, estimé à 3,4% en 2011. Les seules mesures qui pourraient être prises seraient la prolongation, au-delà de 2011, des facilités de crédits accordées à l’industrie d’exportation, via la SERV qui a remplacé la GRE, ou la prolongation des mesures de chômage partiel. «Nous faisons une analyse plus pessimiste de la situation, note Peter Dietrich, directeur de Swissmem. L’industrie des machines souffre et ne pourra pas absorber encore longtemps le coût d’un taux de change autour de 1,20 franc suisse contre un euro. Le Conseil fédéral doit se mettre au travail et commander un rapport sur les conséquences exactes de l’éventail de mesures évoquées.»

On sait qu’elles vont de l’introduction d’un taux de change différencié pour les entreprises d’exportation, à la baisse d’impôts, en passant par la réduction de la spéculation sur le marché des devises.

A ce propos, Jean-Daniel Gerber, sceptique, constate que 5% seulement du marché des devises autour du franc est tenu par les banques suisses. Aveu d’impuissance? La balle a en tout cas été placée dans le camp de la Banque nationale suisse (BNS), «seule à pouvoir agir à court terme sur les taux de change». Thomas Wiedmer, membre de la direction générale élargie de la BNS, était présent. Il est intervenu avec la grande réserve coutumière de la banque centrale.