«C'est encore une preuve que le secret bancaire n'existe plus en Suisse, affirme Carlo Lombardini, avocat genevois. C'est désastreux pour la place financière helvétique, déjà affaiblie par d'autres affaires.» Un détective privé allemand serait le pilier de l'espionnage économique qui secoue depuis quelques semaines l'UBS et le Credit Suisse. Depuis 1996, des renseignements concernant les clients de ces deux banques ont été divulgués contre 500 ou 5000 francs suisses, mais parfois même sans contrepartie financière. «Ces renseignements portaient sur l'état d'un compte, l'arrivée de virements ou pour savoir si M. X était client d'une des deux banques», précise Dominique Reymond, porte-parole du Ministère public de la Confédération.

L'affaire est désormais entre les mains de la justice zurichoise. Onze personnes sont impliquées: quatre détectives privés, qui travaillaient pour des commanditaires suisses, européens, israéliens et américains et sept employés de banque. «A notre connaissance, aucune institution ni aucun Etat n'est mêlé à cette affaire», souligne Dominique Reymond. La police fédérale analyse encore le contenu de disquettes informatiques, qui sera transmis prochainement à la justice zurichoise.

Pour les deux grandes banques, cette affaire relève de la petite criminalité. Les employés incriminés ont été licenciés au mois de novembre déjà. «Nous ne craignons pas un impact négatif sur notre image, estime André-Lou Sugàr, porte-parole du Credit Suisse à Zurich. Sur les quelque 120 000 collaborateurs que nous employons en Suisse, nous n'avons pas plus de moutons noirs que dans d'autres secteurs.» Cela ne remet pas non plus en cause le système de formation du groupe. «A chaque engagement, les nouveaux employés savent qu'ils s'engagent, en signant leur contrat de travail, à respecter la loi fédérale sur le secret bancaire», ajoute encore André-Lou Sugàr.

Quant à l'Association des banquiers suisses, elle ne fait pour le moment aucun commentaire sur cette affaire. «Nous voulons uniquement que toute la lumière soit faite et nous attendrons les résultats finaux de l'enquête pour faire un quelconque commentaire», précise Jean-Marc Felix, porte-parole de l'ASB. C'est peut-être une simple coïncidence, mais cette affaire éclate à un mauvais moment. Déjà sur la sellette avec les discussions sur l'harmonisation fiscale européenne, le secret bancaire perd encore des plumes dans cette affaire d'espionnage économique.