«Le jazz, comme le blues, est basé sur quelques accords simples. Allez-y, prenez cinq notes: be, ba, bo…, vous voyez, vous y arrivez très bien.» Le vieux trompettiste américain Clark Terry prenait visiblement du plaisir à donner un cours d'initiation au jazz à quelque 200 «creative leaders of the World» en ouverture du onzième symposium international de Zermatt sur la créativité dans le leadership. Ces rencontres impromptues entre des personnalités marquantes de l'art, de l'économie et des sciences sont la recette du succès de ce symposium. Qu'y a-t-il de commun entre le trompettiste Clark Terry, le Prix Nobel d'économie Myron Scholes et celui de médecine Günter Blobel? La méthode et le talent. Tous les trois dans leurs exposés ont insisté sur l'importance de l'imitation, que l'on pourrait aussi traduire par la leçon du mentor: ils ont d'abord cherché dans leurs domaines respectifs à apprendre d'un «maître», à l'imiter d'abord, pour ensuite faire entendre leur propre partition. Mais pour créer, en plus du talent ou de l'intelligence, il faut aussi faire preuve de persévérance et de caractère. Myron Scholes comme Günter Blobel ont dû faire face au scepticisme de leurs confrères quand ils ont développé leurs théories révolutionnaires: un nouveau mode d'évaluation des risques en matière d'options pour le premier, le secret du passage des protéines au travers de la membrane cellulaire pour le second.

L'exposé de Günter Blobel a sans doute été l'un des grands moments de cette édition. Le chercheur américain d'origine allemande a su avec passion et modestie résumer 25 ans de recherches pointues qui ouvrent des perspectives fascinantes pour l'évolution de la médecine moléculaire. Au passage, signalons qu'il a fait don du coquet chèque d'environ 1,4 million de francs qui accompagnait son Prix Nobel 1999 à la reconstruction de la synagogue de Dresde («comme Allemand, cela me paraissait normal») et de la Frauenkirche, la magistrale cathédrale détruite par le bombardement de la ville, «dont les modèles architecturaux si parfaits ne sont pas sans ressembler à ceux qui régissent les constructions moléculaires».

Le succès d'un tel symposium repose sur ces moments de partage d'expériences dans un cadre décontracté qui permet aux participants comme aux intervenants d'aller au-delà de l'exposé du

savoir. Ces instants de fusions créatives et d'émotions qui transcendent les disciplines sont des bulles de plaisir. En sortant des sessions de ce onzième symposium, on se sent un peu moins ignorant. C'est déjà beaucoup et assure le succès de la recette pour de longues années.