Une «folie collective». C'est ce que dénonce le patron de l'Association internationale des transporteurs aériens (IATA), basée à Genève, en évoquant la volonté affichée par quatre pays européens d'introduire une nouvelle taxe aéroportuaire.

La Belgique et l'Irlande ont annoncé mardi qu'elles prévoyaient d'imiter la Grande-Bretagne et la Hollande en introduisant une «taxe de départ» de 10 à 20 euros payée par tous les passagers quittant le pays, en sus des taxes d'aéroport.

«La politique qui consiste à combler les déficits publics ou à financer les investissements dans le secteur bancaire avec des taxes perçues sur les voyageurs est une myopie», s'insurge le directeur de l'IATA, Giovanni Bisignani, dans un communiqué envoyé mardi.

Selon l'association, cette taxe représenterait un revenu de 132 millions d'euros annuel pour la Belgique et de 150 millions pour l'Irlande. Dans le cas du Royaume-Uni, cette taxe de départ viendra s'ajouter à une autre, l'Air Passenger Duty, qui frappe spécifiquement les compagnies aériennes. En comptant cette dernière, les taxes perçues par les quatre pays en question se monteraient à 3,8 milliards d'euros dès 2010, dénonce l'IATA.

Les gouvernements expliquent que ces revenus pourront être affectés à des programmes de réduction des émissions de CO2 ou à des aménagements pour réduire les nuisances autour des aéroports. Ces taxes seraient également particulièrement dissuasives sur les parcours court-courriers, les plus polluants.

L'IATA doute de cette bonne volonté et souligne que d'autres taxes sont à l'étude au niveau européen pour décourager les émissions de gaz à effet de serre.

Le vase déborde

Le montant de la Air Passenger Duty britannique, qui s'applique aux compagnies, a déjà été doublé en 2007. Elle touche tous les transporteurs aériens qui survolent ou se posent sur le territoire. Le gouvernement a annoncé que celle-ci serait revue en novembre 2009 pour décourager les compagnies de faire voler des avions à moitié pleins. Selon l'IATA, cette taxe rapporte aujourd'hui 2 milliards de livres (3,9 milliards de francs). Sa révision rapportera 500 millions de livres (991 millions de francs) supplémentaires.

Dans ce contexte, l'introduction de cette taxe de départ - dès le 30 mars dans le cas de l'Irlande - est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase pour les professionnels de l'aviation et du tourisme.

L'Association des hôteliers irlandais citée dans l'Irish Times estime que l'Etat cherche à «imposer un modèle de partage des revenus avec l'industrie du tourisme». Un porte-parole de Aer Lyngus décrit cette mesure comme «anti-consommateur, anti-touriste, anti-business, anti-tout».

«J'aimerais savoir combien d'arbres le premier ministre Gordon Brown va pouvoir planter avec 2,5 milliards de livres, s'interroge encore Giovanni Bisignani. Selon lui, plutôt que de «presser le citron du contribuable», les pays européens feraient mieux de s'accorder sur le projet d'espace aérien unique dont l'introduction permettrait des économies de 5 milliards d'euros.