«Nous avons eu le courage d'abandonner notre produit phare avant qu'il ne soit trop tard et avons complètement réorienté la marche de nos affaires.» Jacques Essinger, ancien patron de l'entreprise vaudoise Modex, fondue dans la hollandaise IsoTis, elle-même fruit d'une nouvelle fusion avec une entreprise américaine, a rappelé hier à Genève, devant un parterre de 150 personnes, le parcours mouvementé, mais exemplaire du secteur, suivi par la société depuis 2002.

Il n'a certes jamais été facile pour une start-up de biotechnologie de devenir rapidement rentable, mais la foire aux illusions est désormais terminée, comme on pouvait le constater hier à l'ouverture du congrès BioData 2004, lieu de rencontre entre financiers et entreprises de biotechnologie à la recherche d'appuis pour poursuivre ou étendre leur développement. «C'est vrai. A la fin des années 1990, les investisseurs étaient prêts à acheter n'importe quoi, mais il ne faut jamais oublier que dans ce secteur, la phase de démarrage dure au moins dix ans», rappelle Antoine Papiernik, directeur de la société d'investissement française Sofinnova.

Tout le monde a, à nouveau, les pieds sur terre. Les entreprises de biotechnologie en phase de démarrage se préoccupent désormais moins de l'extension de leur recherche scientifique que de leur taux de «burn rate», soit la manière dont les réserves financières fondent comme neige au soleil. Et la neige n'est pas près de revenir. Les investisseurs privés sont devenus beaucoup plus sélectifs, les gestionnaires de fonds de placement choisissent des valeurs sûres ayant fait leurs preuves sur le marché, et le climat économique n'est pas suffisamment stable pour envisager de nombreuses entrées en Bourse. La majorité des 1900 entreprises européennes de biotechnologie doivent donc, en ce moment, prouver la qualité de leur recherche et de leur modèle commercial pour espérer trouver les fonds nécessaires à leur survie.

Les grands groupes pharmaceutiques étaient encore récemment avides de remplir leur portefeuille de projets pêchés en phase initiale de développement dans de petites entreprises. Cet âge d'or des royalties pour les start-up est révolu. Les grandes entreprises ciblent mieux les médicaments qui les intéressent et, surtout, les achètent en phase finale de développement dans les sociétés biotech. De plus, elles contrôlent sévèrement leurs coûts car elles s'attendent à une pression sur les prix due à la concurrence grandissante des médicaments génériques. En 1999, cette catégorie représentait 11% des ventes de médicaments dans le monde. Cette part a triplé, à 33%, en quatre ans.

Reste que de nombreuses entreprises suisses s'accrochent. C'est le cas de deux jeunes pousses bâloises: Arpida, qui cherche un financement pour lancer un nouvel antibiotique dès 2007, et MyoContract, spécialisée dans le développement de médicaments contre la fonte musculaire. Notons qu'un coup de pouce politique a été donné hier dans l'enceinte de BioData: la création d'une fondation pour la recherche et la technologie, réunissant trois régions françaises (Rhône-Alpes, Franche-Comté, Alsace) et les cantons romands plus Bâle.