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Le secteur de la construction s’ouvre à l’innovation

Katerra, start-up qui gère les chantiers de leur conception à la finition, a levé 865 millions de dollars en début d’année. Un signe que la technologie se fait une place dans le secteur de la construction

Même dans une Silicon Valley habituée aux sommes colossales, les 865 millions de dollars (807 millions de francs) levés par Katerra ne sont pas passés inaperçus. Vision Fund, le fonds d’investissement du japonais Softbank aux 100 milliards de dollars de réserve, croit en la start-up créée en 2015. Katerra – 1300 employés dont une centaine d’architectes et l’équivalent de 1,3 milliard de dollars sur son carnet de commandes – opère dans un secteur encore peu impacté par l’innovation: la construction.

«Ce sont des gars de la Silicon Valley qui s’aventurent dans une industrie qui n’a jamais eu de technologie», résume à Bloomberg Michael Marks, le fondateur de Katerra. Installée à Menlo Park, la start-up fabrique dans son usine de Phoenix les pièces expédiées et assemblées sur ses chantiers à travers le pays.

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La construction d’un immeuble ou d’une maison implique une multitude d’acteurs qui se méfient en général les uns des autres. «Le manque d’efficience de notre industrie vient d’un manque d’intégration», estime Michael Dickens, vice-président du conseil consultatif de la Housing Innovation Alliance (alliance de l’innovation dans le logement). «Dans n’importe quelle autre industrie, un smartphone, une voiture, un ordinateur, il y a un maître intégrateur», insiste-t-il. En contrôlant toute la chaîne de construction, de l’architecte au carreleur, Katerra pense donc pouvoir construire plus vite et moins cher.

Ni le temps, ni les moyens d’innover

«Katerra a plusieurs facteurs qui jouent en sa faveur», commente pour Le Temps Anagha Hanumante, analyste chez CB Insights. «D’abord ces énormes investissements pour mener à bien des projets coûteux mais aussi le discours du gouvernement actuel sur les infrastructures, un désir de constructions plus respectueuses de l’environnement et le retour d’un intérêt pour les bâtiments préfabriqués. En revanche, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée peut poser problème. Katerra en aura besoin compte tenu de ses ambitions», précise-t-elle.

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«C’est un exemple merveilleux d’une entreprise qui essaie de travailler différemment. Notre industrie en a besoin», se réjouit de son côté Michael Dickens. «Le maître d’œuvre traditionnel ne réfléchit pas aux opportunités une fois que la maison est faite. Mais la Silicon Valley maintient une relation avec le client, comme Apple qui délivre une expérience complète au-delà de son hardware», note Dickens.

Son président, George Casey, admet que le secteur a tardé à adopter les nouvelles technologies. Mais la taille du pays et les multiples régulations l’expliquent moins qu’une question de mentalité. «Je ne sous-estimerais pas le fait que ceux qui travaillent dans la construction ne connaissent pas forcément d’autres façons de faire leur travail», dit-il. «Ils sont trop occupés par leurs chantiers en cours pour se concentrer sur comment faire autrement. Leurs investisseurs ne croient pas au «essayer et échouer». Alors que la Silicon Valley, avec ses capitaux privés, peut prendre des paris à trois, cinq ou dix ans.»

Un marché supérieur à mille milliards de dollars

Katerra n’est pas la seule à s’attaquer à un marché de 1200 milliards de dollars, rien qu’aux Etats-Unis. Une entreprise comme HoloBuilder donne une vision d’un chantier à 360 degrés. Procore permet à tous les acteurs impliqués dans une construction de collaborer à distance. EquipmentShare met en relation ceux qui ont besoin de matériel de chantier et ceux qui en louent. Cazza assure pouvoir imprimer des bâtiments en 3D (Dubaï veut 25% de constructions en 3D d’ici 2030). Selon le cabinet de conseil McKinsey, les start-up liées à la construction ont récolté 10 milliards de dollars d’investissements entre 2011 et 2017.

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José Luis Blanco, coauteur d’un rapport pour McKinsey, cite la planification de projets et la gestion des risques comme domaines qui ont le plus à bénéficier de l’innovation. Sans oublier les applications possibles pour les drones, le BIM (building information management) ou l’Internet des objets. «L’habilité à surveiller les projets et prendre des décisions en temps réel réduit les risques d’incidents majeurs à l’origine de retards. Les réalités augmentée et virtuelle présentent quant à elles l’opportunité d’arriver de façon réaliste à un taux de zéro incident», explique le consultant.

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