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Le secteur financier se révolte contre les taux négatifs et met la BNS sous pression

Banquiers et assureurs critiquent vertement la BNS. Les taux négatifs sont accusés de pervertir l’économie. Tour d’horizon des secteurs touchés

Taux négatifs: la grogne monte

Franc suisse Banquiers et assureurs critiquent vertement la BNS

Les taux négatifs sont accusés de pervertir l’économie

Tour d’horizon des secteurs touchés

Au fil des jours, les critiques enflent à propos des taux négatifs instaurés en janvier dernier par la Banque nationale suisse (BNS).

La mesure, destinée à empêcher l’appréciation du franc face à l’euro et au dollar, réduit dangereusement les rendements des placements, déplorent les caisses de pension. Les taux négatifs induisent aussi des distorsions entre établissements bancaires, pénalisant surtout les banques privées actives dans la gestion. «Nous, banquiers privés, voyons des millions s’envoler à cause des intérêts négatifs», regrette Michel Dérobert, de l’Association des banquiers privés suisses. «La BNS a créé une distorsion manifeste de concurrence aux dépens des banques spécialisées dans la gestion de fortune, au profit des banques universelles. Ce phénomène encourage les clients à déplacer leurs comptes et les banques à prendre plus de risques.»

Sous pression, la BNS tente de calmer le jeu en indiquant que les taux négatifs resteront une mesure «temporaire», comme l’a affirmé son président, Thomas Jordan, lors de l’assemblée générale fin avril. Mais quels sont les effets des taux négatifs sur les Suisses – en tant qu’assurés du 2e pilier, comme emprunteurs sur le marché immobilier ou en tant que consommateurs?

Les prix baissent pour les consommateurs…

A la mi-mars, Thomas avait minimisé l’effet des taux négatifs sur les épargnants. Ceux-ci profitent en effet aussi du fort recul des prix en 2015. Ernst Baltensperger, professeur d’économie à l’Université de Berne, admet que l’épargnant réalise un rendement faiblement positif si le recul des prix est plus marqué que le taux négatif. Mais le professeur, qui a compté Thomas Jordan parmi ses élèves, s’inquiète des effets secondaires des taux négatifs sur les caisses de pension et sur les décisions d’investissement en général.

… mais ces derniers sont pénalisés via le 2e pilier

L’instauration de taux d’intérêt négatifs, qui s’ajoute à la faiblesse des rendements obligataires, pénalise encore davantage les caisses de pension. Faute de pouvoir placer de l’argent dans les obligations d’Etat jugées sûres, qui ne rapportent plus rien, certaines d’entre elles, comme la BVK, la Caisse de pension du canton de Zurich, envisagent d’octroyer directement des crédits immobiliers non seulement à leurs assurés mais aussi à des clients tiers. D’autres pourraient se mettre à investir dans des placements plus risqués comme les actions, l’immobilier et les infrastructures.

Les taux négatifs empirent les problèmes financiers existants des caisses de pension (taux de conversion trop élevés, allongement de la vie), à tel point qu’un professeur saint-gallois, Martin Eling, annonçait récemment dans le Financial Times: «Si nous continuons comme cela pendant dix ans, les caisses de pension [suisses] seront en faillite.»

Pas de rabais sur les hypothèques

Si certains emprunteurs pensaient pouvoir profiter des taux négatifs, ils ont rapidement déchanté. Après le 15 janvier, les banques ont relevé le coût de leurs hypothèques à taux fixe. Elles justifient cette adaptation en raison de frais de couverture plus élevés. Pour se protéger contre le risque de fluctuation des taux, une banque procède à deux transactions: elle emprunte à un autre institut un montant donné à long terme, par exemple 1 million sur 10 ans. Simultanément, elle lui prête d’autre part la même somme à court terme, par exemple à 6 mois. La première transaction lui coûte, alors que la seconde lui rapporte. Du moins en situation normale. Or, en raison des taux négatifs, la seconde transaction est également devenue un facteur de coût. La banque paie non seulement pour emprunter à 10 ans mais aussi pour placer son argent à court terme.

Des taux négatifs jusqu’à quand?

Ernst Baltensperger s’attend, tout comme Kurt Schiltknecht, ex-chef économiste de la BNS, à ce que l’institut profite de la première occasion pour renoncer aux taux négatifs. Par exemple, à la fin du programme de rachat d’actifs de la BCE prévu jusqu’à septembre 2016? Il ne faudra pas forcément attendre jusque-là. Les premières hausses des taux de la Réserve fédérale aux Etats-Unis pourraient déjà inverser la tendance: «Quand la Fed commencera à resserrer sa politique monétaire aux Etats-Unis, cela apportera une détente sur le front des taux mondialement», anticipe le professeur. A condition que le récent ralentissement de l’économie américaine ne repousse pas aux calendes grecques la remontée des taux.

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