Les vagues successives de suppressions d'emplois ne cessent d'inquiéter les centres financiers du pays. Conscients de la porosité des frontières cantonales pour le marché du travail, les services de l'emploi de dix cantons centrés sur la métropole zurichoise viennent de réaliser quatre études et enquêtes sur l'évolution du marché de l'emploi dans le secteur financier.

Selon la plus importante d'entre elles, réalisée par l'Université de Saint-Gall et le professeur Beat Bernet, autorité reconnue en la matière, les deux variantes les plus probables des trois scénarios envisagés voient passer à la trappe entre 40 000 et 60 000 emplois d'ici à 2010 dans l'ensemble du secteur financier (banques, assurances et secteur parafinancier), moyennant une accélération de la réduction des effectifs à partir de 2005.

Beat Bernet explique cette accélération par les effets de substitution et de rationalisation induits par le développement des technologies informatiques, mais aussi par la mise en place de nouveaux modèles opérationnels orientés sur les coopérations et les réseaux (lire ci-dessous). «Ces prévisions pour l'emploi sont moins dramatiques que je ne m'y attendais. Une baisse des effectifs d'un peu plus de 20% en huit ans, selon le scénario le plus probable, est relativement modérée et n'implique pas de vagues de licenciements. Et recul de l'emploi ne veut pas dire déclin de la contribution du secteur financier à la valeur ajoutée, au vu des nouveaux gains de productivité attendus», avertit Beat Bernet.

Les conclusions de l'étude illustrent de précédentes précisions des chercheurs. Codirecteur de Credit Suisse Group, Oswald Grübel évaluait récemment à plus de 25% les surcapacités dans le seul secteur bancaire suisse.

Les données établies par l'étude saint-galloise pour l'ensemble du secteur financier suisse sont d'autant plus pertinentes que c'est à partir de celles-ci qu'ont été «extrapolées» les conclusions pour la région zurichoise élargie (cantons de Zu-rich, Zoug, Saint-Gall, Grisons, Argovie, les deux Appenzells, Glaris, Schaffhouse et Thurgovie). Cette région réunit en effet près de la moitié des emplois du secteur financier, soit plus de 93 000 postes sur plus de 185 000 en Suisse en 2002.

La Suisse romande touchée à court terme

Selon l'étude, le recul des effectifs devrait atteindre une ampleur supérieure à la moyenne dans la banque et légèrement supérieure dans l'assurance, alors que de nouveaux emplois devraient être créés dans le secteur parafinancier, selon le scénario jugé le plus probable (60%), soit celui d'une «focalisation» ou d'un «recentrage» du secteur financier. Les deux autres scénarios possibles se sont vu affecter une probabilité de 30% pour la «contraction» et de 10% pour «l'expansion» du secteur.

Si les experts s'accordent à voir les métiers de la gestion de fortune (private banking), de la banque d'affaires (investment banking) et de l'assurance vie frappés de plein fouet par le déclin de la demande, Suzanne Erdös, de l'Association suisse des employés de commerce, se montre plus pessimiste que Beat Bernet pour le secteur de l'assurance, en particulier pour le secteur vie, au vu des problèmes, de coûts notamment, qui pèsent sur la prévoyance professionnelle et du désengagement des groupes d'assurances helvétiques à l'étranger. Beat Bernet justifie ses conclusions par le rôle grandissant attendu de la gestion du risque, métier de base des assureurs.

Si Beat Bernet ne prévoit pas de modifier la pondération de la région alémanique concernée, il n'en table pas moins sur une centralisation accrue des fonctions dans la région zurichoise. Pour les dix cantons alémaniques susmentionnés, l'étude prévoit aussi un recul de 22% des effectifs d'ici à 2010 (soit plus de 20 800 emplois, dont plus de 15 700 pour le canton de Zurich).

Et pour la Suisse romande? «La Suisse romande, qui réunit plus d'un quart des effectifs du secteur financier, devrait être plus touchée à court terme en raison de son exposition accrue au private banking, mais pas sur le long terme», selon Beat Bernet. L'impact majeur d'une érosion du secret bancaire n'est en outre pas attendu avant 2010.