Le groupe Manor, la plus importante chaîne de grands magasins de Suisse – environ la moitié du marché –, nourrit de grandes ambitions pour ses deux chaînes spécialisées, Fly (ameublement) et Athleticum (articles de sport). Selon Rolando Benedick, patron de la société bâloise qui appartient au groupe genevois Maus Frères, le nombre de magasins Fly devrait doubler d'ici cinq à sept ans. Le dirigeant bâlois prévoit aussi pour l'exercice en cours une hausse d'environ 12% du chiffre d'affaires d'Athleticum, si aucun élément extérieur ne vient troubler le budget prévisionnel. Entretien.

Le Temps: Il y a trois ans, Manor s'est allié avec la chaîne française d'ameublement Fly afin de mieux pénétrer ce marché dominé en Suisse par Pfister, Ikea et Migros, trois chaînes réalisant chacune plus de 360 millions de francs de chiffre d'affaires. Quelle est votre part de marché actuelle et comment pensez-vous vous développer?

Rolando Benedick: Notre chiffre d'affaires s'est accru de 17,2% pour atteindre 66,5 millions de francs, ce qui représente une progression importante. Nous détenons une part de marché d'environ 2%, ce qui est encore peu par rapport à nos concurrents. Mais nous allons ouvrir plusieurs nouveaux magasins cette année et en 2002: dans la région de Crissier (VD), à Winterthour et à Saint-Gall. Six autres projets sont en gestation. Nous exploitons douze magasins et nous comptons en gérer vingt-cinq dans les cinq à sept ans à venir. En matière de chiffre d'affaires, cela représentera entre 150 et 200 millions de francs. Nous avons aussi signé avec notre partenaire Fly une franchise pour nous développer en Italie du Nord, partant de la constatation que nos magasins «latins», situés au Tessin et en Suisse romande, marchent très bien.

– Votre seconde chaîne spécialisée, Athleticum, a aussi annoncé une hausse notable des ventes. Quel est le chiffre d'affaires prévisionnel pour l'année en cours? Cette chaîne mise-t-elle sur les marques, sur l'ensemble des sports?

– En termes de chiffre d'affaires, cette chaîne a progressé l'an dernier de 33,8% pour se situer à 103,1 millions de francs. Nous comptons réaliser cette année un chiffre d'affaires de 115 millions de francs. Nous avons deux projets d'ouverture en 2001 concernant Athleticum. Le 28 mars prochain, nous ouvrons une surface à Schaffhouse et en octobre un nouveau magasin à Meyrin. Cette surface sera agencée selon le modèle du magasin de Bussigny (VD), qui s'avère être le meilleur Athleticum de Suisse. Concernant les marques, la moitié de nos articles du secteur textile sont des produits Manor et l'autre moitié des marques proprement dites. Mises à part la chasse, l'équitation, la voile et l'escrime, nous proposons des gammes de produits qui concernent la plupart des sports, et en particulier les articles liés au fitness, au jogging, au tennis, au ski, au snowboard et au cyclisme. Nous nous adaptons naturellement aux marchés locaux: une importante section golf est prévue dans notre future surface de Genève/Meyrin.

– Avec une part d'environ 50%, Manor domine clairement le segment des grands magasins. Mais vos ventes stagnent depuis plusieurs années. Le marché suisse est-il saturé ou bien le concept même de grand magasin devient-il obsolète?

– La faible progression enregistrée l'an dernier (+0,6% à 2,765 milliards de francs, n.d.l.r.) concerne surtout l'habillement. Elle est due aux conditions climatiques très clémentes du dernier trimestre. Quant au secteur des grands magasins, je suis certain qu'il a un avenir. Le grand magasin garde trois atouts importants: son emplacement, généralement au cœur des villes; la fréquence importante de clients qu'il draine; les mètres carrés qu'il offre. La gestion des surfaces revêt dès lors une grande importance. Nous devons évoluer sans cesse, remplacer par exemple des articles qui se vendent moins bien, comme les tapis d'Orient, par de la marchandise qui s'écoule mieux. En revanche, le secteur va connaître une phase de concentration et, dans quelques années, je pense qu'il ne restera plus qu'une ou deux chaînes de grands magasins en Suisse.

– Vous relevez qu'un grand magasin comporte d'importantes surfaces de vente. Pourquoi ne pas les louer au prix fort à d'autres commerçants?

– Je ne suis pas partisan de ce type de solution. Un grand magasin doit veiller à ne pas perdre son identité propre. Nous préférons contrôler totalement ce que nous vendons.

– Quelle est la marche des affaires depuis le début de l'année?

– A fin février, notre chiffre d'affaires devrait avoir progressé de 1 à 2%. Le début de l'année se présente donc plutôt bien.