Après trois ans de crise, les investisseurs reviennent en force sur les valeurs technologiques. Pour preuve, le Nasdaq, qui flirte avec les 1750 points, affiche une hausse supérieure à 30% depuis le début de l'année et à 50% par rapport à son plus bas d'octobre 2002. Un nombre croissant d'investisseurs, ayant en mémoire l'euphorie des années 90, se demandent si une nouvelle bulle spéculative n'est pas en train de se former. A l'inverse, d'autres s'interrogent sur la durabilité de ce rebond, se remémorant un indice à 5048 points en mars 2000.

Dans ce contexte, les résultats publiés ces jours-ci par les géants du secteur sont très attendus. «Il y a bien des signes de lumière à l'horizon, soulignait récemment le Financial Times à propos des sociétés technologiques. Nous sommes juste incertains quant à l'heure à laquelle le soleil se lèvera.» Les chiffres publiés par Intel (semi-conducteurs), Apple (matériel informatique), IBM (matériel et services informatiques), Microsoft (logiciels) et Nokia (téléphonie mobile) devraient en partie lever cette incertitude. «Le vrai test résidera dans les prévisions émises par les sociétés, note César Zeitouni, gérant chez IT Asset Management à Paris (180 millions d'euros sous gestion). De là, nous saurons si le marché continuera ou pas de croître à ce rythme.» Les premières indications, données par Intel, parlent en faveur d'une reprise. Même si une lecture affinée de chaque sous-secteur s'impose (lire ci-dessous).

Jusqu'à présent, la grande chance des valeurs américaines, fortement représentées au sein du Nasdaq, est d'avoir pu bénéficier de la faiblesse du dollar, estiment les observateurs. Durant le premier trimestre, ces sociétés ont vu leurs revenus augmenter en moyenne de 1,8% par rapport à l'exercice précédent, selon Goldman Sachs. Sans le bénéfice tiré des effets de change (ventes réalisées à l'étranger puis changées en dollars), elles auraient enregistré des résultats bien plus modestes. Ces seuls résultats ne nourrissent toutefois pas le marché. Les investisseurs cherchent plus encore à guetter la reprise, à anticiper les tendances.

Succès des produits à puces

Si tout le monde s'accorde à dire que les entreprises ont réduit de manière drastique leurs coûts ces dernières années, ces dispositions destinées à améliorer leurs revenus n'ont eu aucun impact sur les ventes.

En conséquence, les regards se portent désormais du côté de cette demande. Et là, le marché fonctionne un peu à la méthode Coué. Une enquête de Goldman Sachs, intitulée «Enfin, l'hémorragie s'interrompt», laissait entendre la semaine dernière que les intentions des responsables de budget informatique en matière de dépenses étaient en hausse pour 2004 (+5%). Et ce pour la première fois depuis 2000. Cela peut sembler peu de chose, écrit BusinessWeek. La nouvelle a toutefois son importance, quand on sait que la banque américaine était baissière ces deux dernières années sur le secteur, souligne l'hebdomadaire. Et les valeurs technologiques ont apprécié, continuant leur ascension.

César Zeitouni affiche un avis plus nuancé. «Je ne pense pas que nous aurons une reprise en V de la demande, prédit-il. Elle sera progressive, donc moins forte à court terme que l'anticipation des marchés.» Pour le gérant, les sociétés continuent à compter leurs sous et s'engagent sur des projets mieux définis.

Au-delà des investissements réalisés par les entreprises, il note un boom de la demande des consommateurs pour les lecteurs de DVD, les écrans LCD et les appareils photo numériques. Des produits où l'utilisation de puces est importante. Cette observation est renforcée par une enquête menée auprès des principaux fabricants d'équipements pour semi-conducteurs réunis cette semaine à San Francisco. Lesquels s'attendent à une hausse de 4% de leurs ventes pour l'année en cours (20,5 milliards de dollars), puis de 24% en 2004 et de 18% en 2005.

A ce sujet, Bolko Hohaus, gérant du fonds LO Infology Fund (196,88 millions de dollars de fortune au 30 juin), relève la récente mise sur le marché du microprocesseur Centrino développé par Intel, intégrant la technologie Wi-Fi (communication sans fil). Comme les appareils photo numériques, le haut débit dans les foyers ou la voix sur IP (protocole Internet), ce produit d'avenir pourrait dynamiser le marché, à l'image d'Internet à la fin des années 90. Décelant les frémissements, les investisseurs notent ces innovations et anticipent une reprise qui devrait, selon eux, se matérialiser très bientôt.