A Manille, la baie vitrée du confortable bureau d'Isabel Ortiz donne sur un terrain vague où s'activent une centaine de terrassiers. Bientôt, un nouveau building jouxtera la Banque asiatique pour le développement. Mais l'élément intéressant se trouve aux alentours du chantier. Une dizaine de petits restaurants, faits de quatre planches et de tôles, ceinturent le terrain. Une illustration de ce secteur informel, si souvent ignoré des statistiques.

Le chômage, lorsqu'il est mesuré, l'est pour les employés des usines ou des services. La sécurité sociale, lorsqu'elle existe, ne subvient qu'aux besoins des salariés sous contrat. Or en Asie, comme dans tous les pays en développement, ceux-ci ne représentent qu'une fraction de la population active. «Toute une dimension de l'impact social de la crise asiatique a été négligée, explique la fonctionnaire de la BAD. Lorsqu'une usine ferme, tout un réseau de petits commerçants, de journaliers, de vendeurs de brochettes ou de boissons est décimé. Or, lorsque des programmes d'assistance sociale sont mis en place, ce secteur informel est toujours oublié.»

La BAD, avec d'autres institutions, a donné en effet beaucoup d'argent depuis la crise de 1997 pour aider les gouvernements à mettre sur pied des programmes de formation, voire des systèmes pilotes d'assurance chômage. Mais à qui s'adressent-ils? «Toujours aux mêmes, répond le militant alternatif philippin, Walden Bello. Beaucoup d'experts présents à Manille ont donc insisté sur la nécessité de concevoir des programmes sociaux adaptés. «Mieux vaut instaurer un système de microcrédit dans des villages qu'une caisse de sécurité sociale dans une ville où les fonctionnaires se serviront en premier», lâche un participant.

L'Union européenne avait fait connaître en 1999 son intérêt pour financer des projets de ce type. Mais cette bonne volonté n'a guère été suivie d'effets. «Les programmes sociaux demandent du temps et de la ténacité. C'est ce qui nous manque», déplore un expert allemand de la BAD.