Le secteur public confirme son statut de premier employeur de Suisse. Ces dix dernières années, depuis la crise financière, l’économie suisse a créé quelque 410 000 emplois. «C’est un bon chiffre, le signe d’un marché du travail dynamique, encore plus en comparaison internationale», signale Michael Siegenthaler, économiste au KOF, le centre de recherches conjoncturelles de l’EPFZ. Au total, le pays comptait 3,98 millions d’emplois équivalents plein-temps à fin juin, selon les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique publiés en août. Le plus haut avait été atteint à la fin du troisième trimestre de l’année dernière, où le total des emplois était de 4,018 millions.

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Parmi ces nouveaux emplois, 230 000 concernent le secteur public, dont plus de la moitié dans la santé. Son poids ne cesse donc de prendre de l’importance. Désormais, ce secteur est le pourvoyeur de 23,6% des places de travail, contre 19,8% début 2009. C’est une tendance lourde des dernières décennies: en 1991, date à laquelle commence cette statistique, il ne représentait que 15% du total.

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Employés mieux formés

«En nombre d’emplois, le secteur public grossit. Mais ce n’est pas forcément un mal, nuance Michael Siegenthaler. Prenez l’enseignement: il s’agit de l’importance croissante des hautes écoles ou de la formation continue, par exemple. Que les employés soient mieux formés ne peut qu’être une bonne chose pour l’économie.» De même, poursuit l’expert, l’augmentation du nombre de postes dans la santé est aussi le reflet d’un pays prospère où les habitants souhaitent une bonne prise en charge. Ce développement s’explique aussi par le vieillissement de la population, qui nécessite donc plus de soins. A l’inverse, si les statistiques indiquaient également une forte croissance des emplois bureaucratiques, là, ce serait un problème, reprend l’économiste. «Il me semble que la croissance est largement proportionnelle à la demande de service et à la hausse de la population.»

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Dans le privé, certains secteurs ont néanmoins aussi créé des emplois cette dernière décennie. Parmi eux, la construction affiche une hausse, tout comme l’immobilier. Les activités informatiques ont même affiché une croissance de plus de 50% de l’emploi et comptent désormais un peu plus de 100 000 postes. A l’inverse, la taille, en termes d’emplois, du secteur financier et du tourisme s’est réduite.

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Différents destins dans l’industrie

L’industrie offre un panorama plus mitigé. Elle reste, hors secteur public, le plus important employeur de Suisse. En chiffres absolus, le nombre de postes a reculé. Mais ce mouvement n’est pas forcément dramatique, ajoute Michael Siegenthaler. D’abord, et malgré le choc du franc en 2015, elle a tenu le coup. En outre, «tout dépend des branches. La pharma n’a cessé de croître, tandis que l’industrie du bois, du papier et de l’imprimerie s’est effondrée. L’horlogerie, elle, a eu des années volatiles, mais le total est resté le même.» Enfin, précise l’expert, «le recul de l’emploi dans l’industrie peut aussi signifier que les entreprises sont devenues plus productives. Il serait grave s’il s’accompagnait d’un recul de sa valeur ajoutée dans le PIB suisse; or ce n’est le cas que de manière limitée.»

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