Le Temps: Quelles sont les perspectives pour le deuxième semestre?

Nick Hayek: Nous misons sur une nouvelle croissance. Pour l’industrie horlogère, traditionnellement, la deuxième partie d’année est toujours meilleure. Les indicateurs avancés le démontrent. Le mois de juillet est parti sur des bases solides. Je pense qu’une croissance de 5 à 10% est possible sur l’ensemble de l’année. C’est très positif. Mais certains observateurs, comme les analystes, n’ont toujours pas compris qu’il est impossible de croître sans cesse avec des taux à deux chiffres.

– Une hausse notamment soutenue par Harry Winston, que vous venez d’acquérir?

– Jusqu’à fin mars, en attendant le feu vert final des autorités de la concurrence pour son rachat, les anciens propriétaires de la marque n’ont pour ainsi dire plus investi dans de nouveaux produits. Ma sœur [ndlr: Nayla, présidente du groupe] a ensuite immédiatement relancé la production. La demande est énorme, mais il nous faut absolument augmenter les stocks dans chacun de nos 23 magasins. Chaque point de vente a besoin pour au moins 35 à 40 millions de francs d’inventaire, vu que certains produits joailliers coûtent des centaines de milliers de francs, voire plus. Contrairement à ce que pensent les analystes, il est bon d’avoir du stock.

– Est-ce à dire que vous allez atteindre les 9 milliards de francs de ventes sur l’ensemble de l’année?

– C’est possible, oui. Mais tout dépendra des taux de change. Notamment de l’évolution du dollar. Si, face au franc, il passe à 0,97 ou 0,98, voire un franc comme c’était déjà le cas cette année, alors oui, Swatch Group pourrait atteindre les neuf milliards de chiffre d’affaires brut. Mais, je l’ai déjà dit, ce n’est pas un but en soi. Nous nous focalisons davantage sur une croissance régulière et saine. Par contre, si le billet vert continue d’évoluer aux alentours de 0,94, cela va être nettement plus juste.

– Vous avez créé 560 emplois en Suisse au premier semestre. Déjà des projections pour la deuxième partie de l’année?

– Pas de chiffres précis, non. Mais nous allons continuer d’étoffer nos effectifs en Suisse. L’an dernier, nous avions créé 900 postes dans le pays. Il se peut que nous atteignions un chiffre similaire pour l’ensemble de l’année, de nombreux sites étant en construction ou viennent juste d’être terminés. Et il faudra bien que quelqu’un produise les nouveaux produits qui arriveront sous peu sur le marché.

– La Commission de la concurrence (Comco) vous a interdit de cesser les livraisons d’assortiments aux marques tierces. Qu’allez-vous faire désormais?

– La Comco a donné un très mauvais signal pour l’industrie. Sa décision ne risque en tout cas pas de stimuler les investissements dans notre pays. Je pense que les autorités de la concurrence ont eu peur des recours possibles devant le Tribunal fédéral. Nous allons donc, peut-être, recommencer les discussions avec son secrétariat afin de trouver une solution.