Temps de rondes nocturnes insuffisants, pression sur des vigiles épuisés, horaires non payés, plannings constamment modifiés et à la dernière minute, discrimination des collaborateurs frontaliers privés d’accès aux Prud’hommes… la liste des doléances, énumérée mercredi au centre-ville de Genève, est longue. Elle émane d’une vingtaine d’agents Securitas, sur la trentaine de patrouilleurs de nuit que compte la division genevoise employant 800 agents.

«On est dégoûtés des méthodes utilisées pour économiser sur notre dos. Les clients paient des prestations ne pouvant plus être assurées», dénoncent-ils. Soutenus par le syndicat SIT, les salariés de la plus importante société de sécurité privée de Suisse – employant 6500 collaborateurs –, ont alerté la commission paritaire négociant leur Convention collective de travail. «Si Securitas ne réagit pas, d’autres actions suivront», annonce Simon Descombes, secrétaire syndical SIT.

La direction suisse du groupe n’a pas souhaité commenter les points de friction énoncés par leur partenaire social. «Des discussions pour améliorer certaines conditions de travail ont eu lieu, relève toutefois un porte-parole de Securitas. L’accord passé a été avalisé par le SIT.»

Une poignée de vigiles genevois ont fait valoir mercredi leur point de vue. «Securitas se donne une image organisée et militarisée, mais le fruit est pourri à l’intérieur», indiquent-ils, sous couvert d’anonymat, en précisant qu’environ cinq de leurs collègues sont en dépression suite aux tensions qu’ils ont subies.

Prud’hommes sur la touche

Les dégâts du matériel occasionnés pendant le travail seraient arbitrairement retenus sur les salaires. «Ce peut être le cas, très rarement, suite à une utilisation inadéquate de manière répétée», précise Securitas. Qu’en est-il de l’avenant au contrat instauré en janvier dernier, introduisant une clause d’arbitrage pour les collaborateurs frontaliers (70% des effectifs environ)? Par ce biais, seul un tribunal privé payant, siégeant à Berne et en Allemand, est compétent en cas de litige dans le cadre des rapports de travail. «Cette disposition doit être annulée», conclut Simon Descombes.

En outre, certains employés de Securitas à Genève, ayant travaillé pour la concurrence, dénoncent des abus similaires dans d’autres entreprises de sécurité privée de la région.