Cinquante-cinq mille sociétés offshore gérant des actifs dont la valeur atteint au moins 6500 milliards d’euros: voilà ce qu’un groupe de 16 médias, emmenés par Le Monde, ont trouvé en ouvrant la porte du «coffre-fort luxembourgeois». Ces sociétés fantômes ont été créées par des milliardaires, des multinationales, des sportifs, des artistes, des responsables politiques de haut rang et même des familles royales, à lire les articles publiés ce lundi. 

Pour mener cette enquête baptisée «OpenLux», Le Monde a constitué une base de données des bénéficiaires des 140 000 entités immatriculées au Luxembourg (sociétés, fondations, fonds), complétée par 3,3 millions d’actes administratifs et de rapports financiers. Il s’agit de documents récemment rendus publics, mais qui ne sont accessibles qu’au compte-gouttes sur le site du Registre du commerce luxembourgeois.

Les journalistes ont pu les extraire dans leur intégralité pour les analyser, en partenariat avec 16 médias internationaux, dont la Süddeutsche Zeitung en Allemagne, Le Soir en Belgique, McClatchy aux Etats-Unis, Woxx au Luxembourg, IrpiMedia en Italie, et le consortium de journalistes d’investigation OCCRP.

Plus de 10% des milliardaires mondiaux

Au total, la liste des 64 458 bénéficiaires identifiés par OpenLux le confirme: le grand-duché concentre une bonne partie de la fortune du monde. On y retrouve nommément au moins 279 des plus de 2000 milliardaires mondiaux répertoriés par le magazine Forbes.

Après l’enquête LuxLeaks menée en 2014 par une quarantaine de médias sous la houlette du Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ), le Luxembourg a abandonné ses «rulings», ces arrangements très avantageux consentis aux multinationales. Mais il reste un haut lieu de planification fiscale pour les entreprises et les ultrariches, au travers de régimes fiscaux préférentiels. Ce qui favorise, dans certains cas, les abus et, possiblement, les fraudes.

En novembre 2014: LuxLeaks: le Luxembourg fait amende honorable

Grâce à une directive

«Cette opération vérité n’aurait pas été possible sans une directive votée par l’Union européenne en 2018, qui a exigé la création de registres publics des propriétaires réels des sociétés dans tous les Etats membres, écrit Le Monde. Cette réforme historique est intervenue après une décennie de scandales financiers, qui ont culminé avec les Panama Papers, en 2016.»

L’enquête sera publiée par épisodes toute cette semaine. Elle montre en particulier que le grand-duché est insuffisamment outillé pour garantir un contrôle efficace sur l’ensemble des flux qu’il brasse. Le Registre du commerce ne dispose que de 59 salariés pour faire respecter l’obligation légale de déclarer les bénéficiaires effectifs de plus de 100 000 entités.

En janvier 2018: LuxLeaks: le Français Antoine Deltour, lanceur d'alerte, aura droit à un nouveau procès