Après la reprise de Passagio par l'Italien Autogrill, c'est maintenant le zougois Selecta, une autre perle du secteur suisse de la restauration d'appoint, qui est en passe de perdre son indépendance pour être avalé par un groupe étranger. Et cette fois-ci, c'est le groupe britannique Compass, un leader de la restauration collective, qui devrait à terme prendre le contrôle intégral de Selecta. Compass a en effet lancé une offre pour la reprise des deux tiers (66,7%) du capital de Selecta qu'il ne possède pas encore. Une offre fixée à 901 millions de francs ou à 540 francs par action Selecta. Ce qui représente une prime de 30% sur le cours de clôture de l'action Selecta vendredi en Bourse suisse. Les investisseurs n'ont donc pas hésité: l'action Selecta s'est en effet envolée de 27% lundi pour clôturer à 530 francs, dans de forts volumes. D'autant que l'offre de Compass est «amicale», puisqu'elle est jugée «correcte et appropriée» par la direction de Selecta, laquelle recommande aux actionnaires de l'accepter, ainsi que le précise le communiqué commun diffusé lundi par les deux groupes. Le management de Selecta devrait rester en place et sa marque maintenue en Europe. Si la transaction aboutit, l'escapade boursière de Selecta aura donc duré un peu moins de quatre ans. Leader européen de la restauration d'appoint (en clair l'exploitation de distributeurs automatiques pour la vente de boissons, de friandises ou de plats précuisinés), Selecta a été en effet détaché de Valora (ex-Merkur) et porté en Bourse en 1997.

Dans cet intervalle, la capitalisation de la société a doublé pour passer de 515 millions de francs en 1997 à plus de 1 milliard de francs vendredi. Alors que l'offre de Compass valorise Selecta à 1,35 milliards de francs. Il n'en demeure pas moins que l'action Selecta était en perte de vitesse ces derniers temps: vendredi, le titre affichait une baisse de plus de 20% sur douze mois. Compass a donc attendu avec patience le moment opportun pour prendre le contrôle de Selecta, dans lequel le groupe britannique avait déjà pris une participation de 20% en 1997, étoffée plus tard à 33,3%. Même des milieux financiers s'étonnent toutefois que Selecta se laisse avaler si facilement, bien que le prix proposé soit jugé tout à fait correct par les analystes, du moins sur la base du cours de l'action. «La société avait les moyens de poursuivre sa croissance en toute indépendante», s'offusque par exemple Patrick Hasenböhler, de la Banque Cantonale de Zurich. Et de préciser: «Si la situation financière précaire du groupe Bon appétit justifiait la vente de Passagio à l'Italien Autogrill, cet argument ne vaut pas dans le cas de Selecta» (lire ci-dessous les explications de This E. Schneider, PDG de Selecta). Ni les difficultés que rencontre le groupe actuellement en Suède (restructurations), ni les charges liées à l'adaptation des automates à l'euro ne semblent non plus constituer de menaces sérieuses pour la santé de la société.

Suprématie européenne

La suprématie de Selecta en Europe était même jugée difficile à surpasser par les spécialistes. L'an dernier, le groupe zougois a enregistré un chiffre d'affaires en hausse de 6,5% à 827,1 millions de francs, dont une part de 80% dans les services liés aux distributeurs automatiques. En termes géographiques, la France est le premier marché du groupe (près de 46% de ses ventes), suivie de la Suisse (30%) et de 13 autres pays. L'utilité et l'intérêt de la transaction pour le groupe britannique ne font en revanche pas l'ombre d'un doute.

Au travers de sa filiale américaine Canteen Vending, Compass occupe le premier rang sur le marché nord-américain de la distribution automatique. En 1999/2000, le groupe a réalisé un chiffre d'affaires total de 2,657 milliards de livres (environ 6,4 milliards de francs) et un bénéfice avant impôts de 90,7 millions de livres (quelque 217 millions de francs).