Gouvernance

Selon Avenir Suisse, Genève est le cancre suisse de la politique urbaine

La boîte à idées de l'économie a classé les dix principales villes du pays en fonction de critères sociaux, économiques et politiques. Genève ferme la marche à cause de son «climat le moins propice à l’économie». Lausanne est septième

Le laboratoire d’idées Avenir Suisse évalue pour la première fois les politiques urbaines dans ses «Portraits des dix plus grandes villes suisses» présentés à la presse, mercredi. Leurs capacités à relever les défis futurs sont analysées à l’aune de 47 critères et huit thèmes: gestion budgétaire; administration; climat propice à l’économie; développement urbain et marché du logement; mobilité, énergie et infrastructure; culture et loisirs; formation et conciliation entre travail et vie privée; politique sociale et d’intégration.

Le bilan est contrasté. Les villes de plus de 50 000 habitants sont «loin de la faillite publique» et les administrations fonctionnent de manière «satisfaisante». Cependant, le laboratoire d’idées révèle un «besoin concret d’actions». Il regrette que la politique urbaine «ressemble souvent à une guerre de tranchées idéologique». La politique du logement est surchargée sur ce point, ainsi que le débat sur la place de l’automobile et de la conception «dépassée» du terme de service public. On est loin d’une gouvernance moderne, par exemple une réelle indépendance des entreprises municipales ou une délégation des décisions aux unités administratives.

Genève victime de sa politique et de la hausse des coûts

Genève se classe dernière des dix grandes villes, avec seulement 38,8% des points réalisables. Si elle est vantée pour sa forte proportion d’espaces verts, son marché du logement est «de loin le plus inefficace de toutes les villes», selon les auteurs. Elle est aussi dernière en termes de «climat propice à l’économie». D’ailleurs, les nouveaux emplois sont créés dans les villes avoisinantes. Elle est avant-dernière pour sa mobilité, en raison de son faible taux de couverture des coûts des transports publics et de sa piètre circulation automobile.

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La Cité de Calvin souffre de la hausse de ses coûts administratifs. Entre 2010 et 2016, ces derniers ont augmenté de plus de 10% par habitant. Avenir Suisse note aussi que les salariés de la municipalité sont plus souvent malades que la moyenne – d’une semaine par an. Le contribuable sera potentiellement confronté à de lourdes charges, avertit l’étude, notamment du fait du sous-financement massif de la caisse de pension municipale.

Lausanne, un modèle de politique sociale

Lausanne n’est que septième sur dix parce que la caisse de pension municipale présente «un déficit aux proportions grotesques». Elle est également dernière pour la mobilité et en particulier son manque d’égard à l’endroit des cyclistes, ainsi que pour son administration, à la suite d’une forte hausse des coûts et des effectifs.

Les employés de la commune vaudoise prennent en moyenne 13,2 jours par an de congés maladie, s’étonnent les auteurs. Et il faut plus de 200 jours entre le dépôt d’une demande de permis de construire et son octroi, soit un mois de plus que la moyenne.

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Enfin, si le climat envers l’économie place Lausanne au milieu du classement, elle n’est que huitième pour la formation et en dessous de la moyenne dans la culture et les loisirs. En revanche, Lausanne figure au premier rang pour sa politique sociale. «Avec des sanctions fréquentes, la ville empêche que l’aide sociale ne se transforme en revenu de base inconditionnel», reconnaissent les auteurs.

Bienne est deuxième romande et avant-dernière. Sa politique plaît aux économistes d’Avenir Suisse en raison de son haut degré d’externalisation des entreprises municipales. Mais Bienne a le taux d’aide sociale le plus élevé. Sur beaucoup d’autres critères, elle figure en milieu de peloton.

Zurich en tête

La ville la plus intelligente, efficace, durable, libérale et urbaine, aux yeux d’Avenir Suisse, est Zurich avec 64,7% des points possibles. C’est un modèle dans la gestion stratégique des institutions culturelles. Zurich est aussi parvenue à réduire ses coûts administratifs de 8,2% entre 2010 et 2016. Le contribuable n’a pas à craindre de devoir refinancer la caisse de pension municipale. Par contre, la ville de Zwingli est à la traîne dans l’externalisation des services municipaux tandis que son système d’aide sociale pèche par sa difficulté à prononcer des sanctions.

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