Selon le BIT, 250 millions d'enfants exercent une activité économique

Dans le drame de l'occupation des enfants, l'argument de la pauvreté est souvent avancé. Il n'explique pourtant pas tout. Et l'Europe n'est pas épargnée.

Bien que le droit international fixe à 15 an l'âge minimum pour travailler, le nombre d'enfants nettement plus jeunes qui exercent une activité économique est estimé à quelque 250 millions. Dans la catégorie des 10-14 ans, ils seraient plus de 13%. Le plus grand nombre d'enfants travailleurs se situe en Asie, suivi de l'Afrique où la densité est la plus forte avec un enfant sur trois qui travaille et de l'Amérique latine. Des chiffres qui ne tiennent pas compte des travaux ménagers exercés à plein temps par un grand nombre de fillettes. Pris en considération, ce secteur d'activité fait exploser le nombre d'enfants travailleurs à plusieurs centaines de millions. "En Inde, explique Carlos Bauverd, consultant au BIT, 55 millions d'adultes sont officiellement enregistrés comme chômeurs alors que le nombre d'enfants travailleurs est de 50 millions, la vraie question est de se demander pourquoi les enfants travaillent à la place des adultes". Pour justifier le travail des enfants, l'argument de la pauvreté est communément avancé, ou encore celui de leur prétendue extraordinaire dextérité pour l'exécution de certains travaux comme la manufacture de tapis. "En fait, souligne Carlos Bauverd, c'est surtout qu'ils constituent une main-d'œuvre non syndiquée, ignorante et docile; le problème, c'est qu'à long terme, les enfants travailleurs perpétuent la pauvreté d'un pays et bloquent son développement, il ne faut pas oublier que la qualité des ressources humaines et l'éducation sont la principale source de compétitivité des nations".

Et que ce sont ces millions d'enfants? Toujours selon les chiffres du BIT, plus de trois quarts de l'activité économique des 5 à 14 ans s'exerce dans le cadre d'une entreprise de type familial, avec en tête de liste le secteur agricole. L'exode rural a cependant reconverti un certain nombre d'enfants dans les industries. En dehors de quoi, l'activité se concentre dans le tiers monde autour des mines, des services domestiques, du textile, des tapis, du sexe et de la fabrication de briques.

"L'Europe concernée"

Si le phénomène est encore marginal sur le Vieux Continent, il est toutefois en pleine recrudescence dans les pays d'Europe centrale et orientale suite aux difficultés liées à la transition d'une économie planifiée vers une économie de marché. L'Unicef avance le chiffre de 15 à 26% des jeunes de 11 ans avec un emploi en Grande-Bretagne, pour 200 000 enfants travailleurs au Portugal et 350 000 en Espagne. Ce qui élève tout de même à près d'un million le nombre d'enfants qui travaillent illégalement en Europe. Et que font-ils? En Angleterre, les jeunes sont essentiellement actifs dans le secteur de la vente et de la distribution de journaux et de publicité alors qu'au Portugal, c'est la fabrication de chaussures qui occupe le plus grand nombre d'entre eux, à domicile ou dans de petits ateliers clandestins.

Depuis 1992, l'IPEC (programme international pour l'abolition du travail des enfants), initié par l'Organisation internationale du travail (OIT), s'est donné pour but de soustraire les enfants à toute forme de travail dangereux, de leur donner accès à l'instruction et d'apporter une aide financière aux pays concernés. 200 000 francs ont été annoncés par Berne à titre de collaboration pour l'année 98. "Si la Suisse veut prendre une position sérieuse, c'est de plusieurs millions dont il faudrait parler", estime Denis Torche, secrétaire central de la Confédération des syndicats chrétiens de Suisse. Plus récemment, l'OIT, s'est attaquée aux formes extrêmes de travail des enfants dont la plus grave est l'esclavage. Cette pratique qui perdure tout particulièrement dans des pays où le système de la servitude pour dettes a encore cours, toucherait quelques dizaines de millions d'enfants. Les termes d'une Convention qui vise à abolir ces formes extrêmes seront discutés début juin aux Nations Unies, à l'issue de la marche mondiale contre le travail des enfants**: A noter que cette manifestation d'envergure internationale, qui traverse l'ensemble des continents pour converger vers Genève, vise à conscientiser les populations autour de cette problématique. Ce sera l'occasion aussi pour la Suisse de ratifier la Convention 138, par laquelle les états signataires (187 à l'heure actuelle) s'engagent à ne pas prétériter la scolarisation, la santé ou l'intégration sociale des enfants. La Confédération pourrait profiter de la révision en cours de la loi sur le travail pour procéder aux modifications juridiques nécessaires pour garantir l'adéquation de la Convention aux normes nationales.

http://www.ilo.org

http://www.club.ch/rdh-geneve

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