Technologie

Selon DJI, le drone sera le nouveau smartphone 

Le chinois DJI contrôle 70 à 80% du marché du drone de loisirs, tant au niveau mondial qu'en Suisse. Martin Brandenburg, directeur opérationnel de DJI pour l’Europe, détaille les nouvelles ambitions de son groupe

Si vous voyez un drone voler autour de vous, il y a sept chances sur dix pour qu’il s’agisse d’un appareil fabriqué par DJI. L’entreprise chinoise contrôle, selon des estimations externes, entre 70 et 80% du marché mondial des drones de loisirs. Fondée en 2006 et basée à Shenzhen, la société est rapidement partie à l’assaut des marchés internationaux avec ses modèles Phantom, Mavic ou Spark qui se vendent entre 579 francs (modèle DJI Spark) et 1999 francs (DJI Phantom Pro V2). Non cotée en bourse, la société aurait réalisé, selon les estimations de Reuters, un chiffre d’affaires de quelque 3 milliards de francs en 2017. Martin Brandenburg, directeur opérationnel de DJI pour l’Europe, a répondu aux questions du Temps.

Le Temps: Comment expliquez-vous le succès de DJI?

Martin Brandenburg: Je pense que nous avons réussi à démocratiser l’usage des drones en proposant pour la première fois des appareils simples à utiliser. C’était un défi majeur, car de nombreux appareils étaient beaucoup trop compliqués et peu fiables. Ils ne s’adressaient qu’à un public très spécialisé. Avec le modèle Phantom notamment, nous avons popularisé les drones en nous concentrant sur la technologie et des composants de qualité. Et cela a payé.

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Voir une société chinoise dominer un secteur de l’électronique grand public, c’est du jamais vu…

C’est en effet plutôt rare, mais nous faisons face à une concurrence sérieuse, émanant soit d’autres sociétés chinoises [comme Yuneec], européennes [Parrot] ou américaines [Autel]. Etre chinois et être si forts au niveau mondial, c’est bien sûr un motif de fierté. Notre stratégie, depuis le début, a su évoluer. Nous avons développé une gamme de drones complète toujours plus intelligente et innovante pour le grand public comme pour les professionnels. DJI est aujourd’hui devenu un acteur majeur incontournable dans l’industrie cinématographique avec ses systèmes de stabilisation de camera Ronin ou caméras 6K, comme la Zenmus X7. Nous sommes basés dans une région de Chine où se trouvent de jeunes ingénieurs extrêmement qualifiés, avec une forte émulation entre sociétés technologiques. Ce sont les ingrédients du succès. Et c’est ce qui nous a permis d’ouvrir des bureaux dans 15 pays.

Le marché des drones professionnels, sur lequel plusieurs entreprises suisses sont actives, vous intéresse-t-il?

Oui, sans aucun doute. Nous proposons déjà plusieurs solutions sur le marché professionnel. Nous avons par exemple développé une gamme de produits ainsi que tous les accessoires dédiés spécifiquement à la prise d’images au cinéma, à Hollywood, ou à la télévision, avec notamment des systèmes perfectionnés pour la stabilisation des images. Pour les entreprises en général, nous proposons aussi plusieurs types de drones et produits pour les services publics, les secouristes et les pompiers, ou encore l’agriculture. Le marché de l’inspection de bâtiments et de la construction nous intéresse également. Notre but, à terme, est d’être aussi fort sur le marché professionnel que le marché grand public. D’autant qu’il n’y a pas une différence très marquée entre les deux marchés. Nous avons remarqué que des services de secours utilisent nos drones grand public. Nous pouvons développer des versions encore mieux adaptées à leurs besoins.

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Vos drones coûtent aux alentours de 1000 francs. Songez-vous à baisser vos prix pour toucher un public encore plus large?

L’innovation a un prix, et nos clients nous demandent sans cesse d’innover, sans jamais faire de compromis sur la qualité. Nous proposons des drones haut de gamme et nous assumons. Nous commercialisons de toute façon des appareils à des prix très abordables, comme le modèle Spark vendu environ 579 francs. Les clients veulent que le drone soit fiable et il y a un prix à cela, qui n’est vraiment pas démesuré.

Quelles innovations allez-vous introduire dans vos prochains appareils?

Je me rends en Chine quatre ou cinq fois par année et je suis à chaque fois surpris des innovations qui se préparent dans nos laboratoires. Nous ajoutons de l’intelligence artificielle, des capteurs de meilleure qualité, des stabilisateurs sur trois axes… Le but est de permettre à des utilisateurs novices de prendre du plaisir à utiliser un appareil sophistiqué. Le drone sait lui-même d’où il décolle, analyse son environnement et calcule la trajectoire la plus sûre pour revenir au point de départ. Nos drones sont capables de reconnaître des objets tels que les arbres et de répondre aux commandes par geste de l’utilisateur, sans qu’il utilise de télécommande… Nous allons poursuivre sur ces pistes. Et miniaturiser nos appareils. D’ici peu, vous prendrez votre drone dans votre poche comme vous prenez aujourd’hui votre smartphone… Ce sera un peu votre deuxième compagnon numérique.

Ne craignez-vous pas que, sauf accident, les gens conservent leur drone de plus en plus longtemps, un peu comme sur le marché des tablettes?

S’ils le gardent longtemps, c’est qu’ils en sont satisfaits et qu’ils peuvent ainsi être nos meilleurs ambassadeurs… Mais je pense aussi que les améliorations constantes de nos produits, avec des cycles de développement très courts, incitent les gens à racheter des drones. Nous voyons sur les réseaux sociaux que certains d'entre eux ont deux, voire trois drones de DJI, ils en rachètent, car les nouvelles technologies que nous leur proposons les enthousiasment.

Pourriez-vous entrer sur le marché des services?

Ce n’est, pour l’heure, pas dans nos plans, nous n’avons pas de projets d’abonnement. Nous nous concentrons sur la vente de nos produits, mais rien n’est à exclure pour l’avenir.

Que pouvez-vous dire du marché suisse?

C’est bien sûr un marché extrêmement attractif, intéressé par le haut de gamme et où nos drones les plus chers se vendent bien. Les Suisses sont aussi des «early adopters», intéressés par les nouveaux modèles. Si un drone se vend bien en Suisse, il y a de très bonnes chances qu’il connaisse le succès sur d’autres marchés.

Aux Etats-Unis, le gouvernement vous soupçonne d’espionnage et de collusion avec les autorités chinoises…

Nous sommes très clairs: nous ne partageons aucune donnée avec qui que ce soit. Nous n’avons pas de lien avec le gouvernement chinois et nous travaillons en toute transparence. Nous respectons toutes les législations nationales, nous sommes concentrés sur les besoins de nos clients. Et nous n’avons absolument aucun problème sur des marchés tel l’Europe.

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