Peter Brabeck est un adversaire farouche de l’essor des biocarburants. Mardi à Zurich, le président de Nestlé a eu l’occasion de réaffirmer sa position sur ce dossier dans le cadre d’une présentation organisée par la Chambre de commerce britannique-suisse. Et d’énoncer tout d’abord quelques chiffres sur l’ampleur de la récente crise alimentaire de 2007 et 2008. Malgré la correction qui est entretemps intervenue sur les marchés, les prix des céréales de base restent environ 90% plus élevés qu’entre 2002 et 2004. Autre statistique: les personnes qui ne mangent pas à leur faim ont franchi pour la première fois la barre du milliard d’individus, selon les dernières données publiées vendredi par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Un impact sous-estimé La responsabilité des biocarburants dans cette crise? Les défenseurs de cette nouvelle forme de carburants répètent souvent que leur part reste encore très faible en comparaison de la consommation énergétique globale, un argument qui tendrait à minimiser l’influence de ce facteur sur la hausse des prix de l’alimentation. Ce raisonnement n’est pas correct, juge Peter Brabeck. Certes, la production totale de bioéthanol durant les années 2006 à 2009 ne représente que 0,0002% de la consommation énergétique globale. «Si cette part peut apparaître insignifiante pour le marché de l’énergie, elle a en revanche un impact très significatif pour le marché des denrées alimentaires. En effet, les calories qui sont transformées en biocarburants suffiraient à nourrir plus de 250 000 de personnes durant une année entière, souligne l’Autrichien.»

Faible potentiel Mesuré en termes de calories, le marché de l’énergie est 20 fois plus élevé que celui des denrées alimentaires. Ainsi, «il faudrait doubler la production alimentaire transformée en biocarburants pour que ces derniers représentent un peu plus de 6% de l’ensemble des besoins énergétiques.» Il est dès lors «étonnant» selon lui d’entendre les propos de certains politiciens déclarant que 15, 20 voire 30% de la consommation d’énergie pourra être produite à l’aide de biocarburants. Il rappelle par ailleurs que la production de biocarburants, généralement justifiée par la nécessité de réduire les émissions de CO2, entraîne le rejet d’autres gaz dans l’atmosphère.

Qu’en est-il des biocarburants dits de «deuxième génération»? Jugée très prometteuse, cette technique de production de bioéthanol à partir de bois ou de déchets végétaux, plutôt qu’à base de céréales ou de maïs, n’enthousiasme pas davantage Peter Brabeck. Pour ce dernier, les biocarburants de seconde génération consommeront aussi de grandes quantités d’eau.

Augmenter le prix de l’eau Comment promouvoir justement un meilleur usage de l’eau? A ce sujet, Peter Brabeck réfute le slogan selon lequel l’accès à l’eau serait assimilable à un droit de l’homme. «L’eau n’est pas un droit de l’homme si on l’emploie pour remplir sa piscine ou pour laver sa voiture», ironise-t-il. De son point de vue, le prix trop faible de l’eau est justement à l’origine du gaspillages observé dans beaucoup de pays. Dans les régions pratiquant une culture intensive comme l’Espagne ou la Californie du Sud, le prix de l’eau n’atteint qu’environ 2% de son coût. «Il est au contraire urgent de créer des incitations favorisant un usage plus rationnel de l’eau. Davantage d’argent doit pouvoir être investi dans l’amélioration de l’infrastructure». Le débat sur l’eau en bouteille ? Ici aussi, Peter Brabeck contredit l’idée d’interdire sa commercialisation. Il serait très facile de détourner une telle réglementation, par exemple en y ajoutant un quelconque colorant pour en faire une boisson. Il plaide en faveur d’un meilleur recyclage.