Notre épargne est mal placée. Et les épargnants paient cher leurs erreurs, notamment leurs achats de produits plus coûteux que nécessaire. Beaucoup d’investisseurs achètent en effet des produits de la banque dont ils sont clients, même s’ils ne sont, de loin, pas les meilleurs du marché ni les moins coûteux, ainsi qu’il ressort d’une étude menée par le conseiller financier VZ VemögensZentrum et publiée jeudi.

L’analyse a été réalisée auprès de 15 575 investisseurs suisses ayant au total 28 688 dépôts bancaires sur les années 2010 à 2019. Elle porte sur des clients qui ont placé leurs avoirs, par ordre d’importance, chez UBS (4080 dépôts), Credit Suisse (2678), Raiffeisen (2675) et la Banque cantonale de Zurich. La valeur moyenne de leur fortune est tombée de 1,15 million de francs à 800 000 francs en dix ans.

Opacité des coûts

Dans un portefeuille, l’épargnant a réduit le nombre de ses titres de 27 à 20 en dix ans ainsi que ses coûts totaux de 1,28 à 1,04%. Les auteurs de l’étude en concluent que la concurrence est forte sur le marché financier. Mais VZ est d’avis qu’en valeur absolue le niveau de frais reste trop élevé parce que les investisseurs détiennent beaucoup trop de fonds actifs, produits qui par définition cherchent à battre l’indice de référence. Or le bilan est décevant. Sur dix ans, seuls 16% y parviennent dans la catégorie des actions suisses. Leur coût est pourtant de 1 à 2% par an alors que celui des ETF oscille entre 0,2 et 0,3%.

Pour une fortune de 500 000 francs, des frais supérieurs de 0,5% se traduisent, après vingt ans, par une dépense accrue de 76 000 francs, indique VZ. La part des ETF, fonds cotés, s’est pourtant légèrement accrue, selon l’étude.

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L’épargnant doit en outre payer d’autres coûts que ceux des produits, par exemple ceux des dépôts (environ 0,2%). Mais il est confronté à un problème d’opacité qui réduit les possibilités de comparaison. En effet, les services bancaires sont de plus en plus offerts sous forme de «paquets».

Le détail de la composition des portefeuilles indique en effet que le nombre des titres individuels (actions, obligations) s’est réduit de moitié à 7,8 à la fin 2019. Celui des fonds actifs a aussi diminué de 9,5 à 6,9, alors que celui des ETF et fonds indiciels s’est accru légèrement à 2,5 contre 1,4 auparavant. En dix ans, la part des fonds actifs est toutefois restée stable à 35% alors que celle des actions individuelles est tombée de 52 à 40%.

Trop d’actions suisses

Ce qui est le plus préoccupant, aux yeux des auteurs, tient à l’augmentation, depuis 2016, des produits dont l’émetteur est le même que la banque qui gère le dépôt du client. Cinq des 20 positions sont des produits «maison». Leur proportion au total des produits est passée, en nombre, de 24 à 37% en quatre ans et, en valeur, de 30 à 44%. Les banques en profitent puisque aux frais du produit s’ajoutent ceux du dépôt. Le phénomène est problématique dans la mesure où l’établissement souffre alors d’un conflit d’intérêts. Il est exacerbé, selon l’étude, par le fait que les fonds «maison» ne sont pas toujours – et parfois de beaucoup – les meilleurs du marché.

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Les Suisses restent toutefois bien investis en bourse. Les épargnants ont augmenté la part de leur portefeuille en actions pour l’amener de 46,6 à 52,9%. Cette proportion est plus élevée en Suisse alémanique (50%) qu’en Suisse romande (45%). Mais l’épargnant souffre du phénomène qualifié de biais domestique puisque la moitié des titres sont suisses. Plus l’épargnant est âgé et plus il dispose d’actions suisses.

Enfin, un trop grand nombre d’épargnants essaient d’investir selon leur sentiment. Ils tentent de vendre au plus haut et d’acheter au plus bas. L’exercice échoue le plus souvent. Mieux vaut donc écouter les professionnels, concluent les auteurs.