Les Suisses pèchent-ils par excès de confiance? Tandis que l’économie subit l’une des pires récessions de son histoire et que les paramètres de la prévoyance (taux de conversion et taux technique en baisse) se détériorent sans cesse, les deux tiers des Suisses, 66,4% exactement, estiment que leur situation financière s’est améliorée depuis un an. Leur niveau de confiance est tel que 66,5% pensent que leur situation s’améliorera encore d’ici un an.

Cet optimisme à toute épreuve constitue l’une des nombreuses surprises du deuxième baromètre de la prévoyance de VZ VermögensZentrum, lequel résulte d’un sondage réalisé auprès de 400 personnes ce printemps lors des mois de semi-confinement. Pour Roland Bron, directeur de VZ en Suisse romande, ce niveau de confiance peut provenir du fait que «plusieurs branches d’activité sont effectivement dans une situation favorable, comme les services informatiques, la finance et l’administration».

Pas de soucis à la retraite?

Plus de 90% des personnes interrogées pensent aussi qu’elles ne rencontreront pas de soucis financiers lors de leur retraite. «Beaucoup de Suisses sous-estiment la gravité de la situation», écrivent les responsables du baromètre.

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Les faits s’éloignent pourtant des perceptions des sondés, selon VZ. En 2002, un salarié de 55 ans avec 120 000 francs brut par an pouvait espérer une rente totale de 75 000 francs (AVS et 2e pilier). En 2020, il ne peut plus s’attendre qu’à 60 000 francs. La baisse s’élève donc à 20%. Lors du baromètre de 2019, le recul était de 19%.

La chute des rentes du 2e pilier n’est pas compensée par la hausse de l’AVS, laquelle s’est accrue de 15% depuis 2002. «Beaucoup ne comprennent pas leur certificat de prévoyance ou ne le comparent pas à celui des années précédentes. La retraite est un domaine qui paraît trop abstrait aux assurés avant l’âge de 55 ans», avance Roland Bron.

Le législateur a voulu que la rente totale corresponde à 60% du dernier salaire. On s’en éloigne de plus en plus. Selon VZ, un homme qui gagne 100 000 francs par an ne peut plus s’attendre qu’à 55% alors qu’il en aurait obtenu 62% en 2002. «L’exemple s’adresse en outre à la situation favorable d’une personne qui reste employée à 100%, ne cesse jamais son activité et ne divorce pas. Or la carrière est de moins en moins rectiligne», indique Roland Bron.

Les salaires supérieurs sont les plus touchés

Les écarts par rapport au dernier salaire sont d’autant plus élevés quand les revenus dépassent 85 320 francs. Les montants supérieurs se voient en vertu de la loi appliquer un taux de conversion inférieur. Car si le taux de conversion (taux auquel l’avoir de vieillesse est converti en rente) est encore de 6,8% pour la partie obligatoire (précisément jusqu’à 85 320 francs), il est réduit pour la partie supérieure du revenu. Les caisses de pension dites enveloppantes (comprenant les salariés des parties obligatoires et surobligatoires) appliquent un taux de conversion inférieur au taux de 6,8%.

Ainsi pour un salarié dont le revenu brut est de 150 000 francs, la rente totale (AVS et 2e pilier) est passée de 58% à 47% du dernier salaire depuis 2002. Par contre, pour un revenu de 50 000 francs, le pourcentage est resté à 65%. «Une baisse des rentes est encore à attendre», prévoit d’ailleurs VZ.

Les Suisses pensent toutefois à 54,4% que les rentes AVS seront dans vingt ans aussi sûres qu’aujourd’hui. Par contre 67% jugent négativement les perspectives de la prévoyance professionnelle. Dans le sondage de l’institut M.I.S Trend, pour Le Temps, publié le 1er septembre dernier, 31% des Suisses estimaient n’avoir «pas du tout» ou «pas vraiment» confiance dans le 2e pilier.