Ce n’est plus qu’une question de jours. D’ici à la fin du mois, la Suisse pourrait lancer son application de traçage du virus. Une première version pourrait être prête d’ici au 11 mai, avant une version définitive d’ici à la fin du mois. Tous les propriétaires d’un smartphone – que ce soit un iPhone ou un mobile tournant avec Android, le système de Google – pourront télécharger de manière volontaire ce programme. Mais il reste encore de nombreux obstacles à franchir cette semaine avant son lancement, tant sur le plan politique que technique.

Avant de nous plonger dans ces chantiers, rappelons en bref comment fonctionnera cette application. Son objectif est de retracer le parcours d’une personne infectée par le virus, afin d’alerter tous les individus qu’elle a croisés de manière rapprochée les jours précédents. Pour ce faire, les téléphones repèrent les autres appareils avec qui ils sont proches de deux mètres ou moins, durant une période de dix à quinze minutes. Ces informations, anonymes, sont stockées sous forme de code dans les smartphones. Lorsqu’une personne apprend qu’elle est infectée, elle peut décider de partager cette information – toujours de manière anonyme – avec les personnes qu’elle a croisées. Celles-ci pourront ensuite se mettre en quarantaine et se faire tester. A aucun moment les noms ou la localisation des personnes ne sont connus ou partagés.

Lire aussi: Sept questions sur la future application de traçage du coronavirus

Désaccord à Berne

Avant sa mise à disposition, un débat aura très certainement lieu au niveau politique cette semaine. Les commissions des institutions politiques du parlement exigent dans une motion que cette application ne soit pas introduite sans base légale. Vendredi dernier, la commission des Etats décidait par 11 voix contre 1 de déposer une motion identique à celle du National: elle exige que l’application soit fondée sur une base légale solide.

Mais le Conseil fédéral refuse pour l’heure cette demande, estimant qu’il n’y a pas besoin de nouvelle loi. Le gouvernement estime aussi que suffisamment de protections sont en train d’être mises en place: l’application ne sera proposée que de manière volontaire et en aucun cas imposée. De plus, le système sera décentralisé au maximum pour protéger l’anonymat. Enfin, le Conseil fédéral précise que seuls le médecin traitant et le centre cantonal retraçant les contacts connaîtront l’identité de la personne infectée.

Lire l'opinion: Pourquoi je préfère renoncer à l’installation d’une application de traçage des contacts

L’EPFL à la pointe

Réuni dès lundi en session extraordinaire à Berne, le parlement doit débattre de ces points. Vendredi, un sondage réalisé par la NZZ auprès d’un tiers des conseillers nationaux et aux Etats montrait que 55% d’entre eux déclaraient qu’ils pouvaient imaginer installer une telle application. Et dimanche, le SonntagsBlick annonçait que le conseiller national PLR zurichois Hans-Peter Portmann allait demander dès lundi que les parlementaires testent cette application lors de la session. L’idée est de montrer l’exemple pour inciter ensuite la population à imiter les politiciens.

Sur le plan technique, l’élaboration de l’application progresse. L’EPFL, qui travaille notamment avec les développeurs logiciels Ubique et PocketCampus dans le cadre du projet DP3T, a mené de nouveaux tests le 30 avril en situation réelle avec une centaine de soldats dans le canton de Vaud. «Nous voulions établir une base de référence sur les réactions des gens dans différentes situations», selon Mathias Payer, responsable du laboratoire HexHive au sein de la Faculté informatique et communications de l’EPFL, cité vendredi dans un communiqué.

Soutien d’Apple et de Google

Le défi, c’est surtout d’utiliser de manière efficace la technologie sans fil Bluetooth pour que les téléphones communiquent entre eux. «Nous avons testé différents paramètres, tels que la force et la fréquence du signal, pour nous assurer que le système génère des données correctes sans trop de faux positifs, et sans vider la batterie de votre téléphone», a précisé Mathias Payer.

L’équipe du DP3T travaille pour que le système puisse accueillir une prochaine interface de programme d’application (API) d’Apple et de Google. En fin de semaine passée, les deux géants américains ont justement commencé à fournir ces interfaces à des développeurs. Le but est de les tester avant qu’une mise à jour de leurs systèmes iOS et Android ne soit proposée dans les prochains jours.