Les Vaudois travaillent plus que les Genevois. Alors que les premiers passent chaque semaine 42 heures en moyenne au bureau, leurs homologues du bout du lac se contentent de 41 heures. C'est en résumé la conclusion d'une étude publiée à la fin du mois d'avril et réalisée par le Service cantonal vaudois de recherche et d'information statistiques (SCRIS) et l'Office cantonal de la statistique à Genève (OCSTAT) sur la base des données recueillies par le recensement fédéral des entreprises de 1995.

Les Vaudois seraient-ils plus accros au boulot que les Genevois? Peut-être. Mais au-delà de l'anecdote et des plaisanteries, tout dépend du secteur d'activité. Si, en 1995, les Genevois travaillaient une heure de moins que les Vaudois, cet écart est légèrement moindre dans le secteur privé (54 minutes) alors qu'il dépasse une heure et demie en moyenne dans le secteur public.

De même, la durée du travail est plus longue dans le secteur privé que dans le public. La différence pour l'ensemble des deux cantons est de 18 minutes en faveur du second. Une situation qui est essentiellement imputable à la fonction publique genevoise qui "se singularise" en travaillant 48 minutes de moins par semaine que ses collègues du privé. Alors que sur territoire vaudois, les deux secteurs affichent une durée similaire (42 heures).

Proximité de la France

Mis à part le traitement plus favorable des fonctionnaires genevois, cette différence s'explique aussi par l'histoire et la situation géographique. "Genève a traditionnellement été à la pointe des revendications en matière de temps de travail. Cela tient au fait que le mouvement ouvrier y a été fort, notamment dans le passé. Et peut-être aussi en raison de sa relation privilégiée avec la France, pays où la réduction du temps de travail revient régulièrement sur le devant de l'actualité", analyse Yves Goël, responsable de l'unité de statistiques économiques, financières et de l'environnement du SCRIS.

Contraire à la raison

Le second point fort de cette étude tient au fait que la durée du travail hebdomadaire a diminué de façon significative entre 1985 et 1995. Il y a treize ans, Vaudois et Genevois confondus travaillaient en moyenne 42,8 heures. Dix ans plus tard, ils ont gagné un peu plus d'une heure, puisque la moyenne s'établit à 41,6 heures.

Cependant, cette réduction n'a pas été linéaire. Les chercheurs distinguent deux périodes bien différentes. La première, entre 1985 et 1991, marquée par une forte activité économique, voit une baisse notable de la durée moyenne du travail qui passe de 42,8 à 41,7 heures. Par contre les cinq années qui ont suivi, caractérisées par une récession quasi ininterrompue et un chômage en forte progression, ont vu cette durée stagner.

Une évolution contrastée qui frappe par son incohérence. Pourquoi le temps de travail a-t-il diminué au moment où il y avait pénurie de personnel, avant de se bloquer lorsque des forces de travail se sont libérées? "Le raisonnement est relativement simple, explique Yves Goël. Pendant la période de haute conjoncture, il existait de tels surplus de travail que les patrons ont été obligés de faire des concessions, notamment en matière de salaires et de durée. Ce qui n'était pas très grave, puisqu'au bout du compte tout le monde était gagnant. Avec la crise, la donne s'est nettement modifiée et les chefs d'entreprise n'ont plus eu les moyens d'accorder quoi que ce soit."

Forte diminution dans la construction

La période analysée montre également que les différences entre les branches économiques ont tendance à s'estomper. Si la moyenne atteint 42,2 heures dans la construction, les transports, l'hôtellerie et la restauration, elle est de 41,2 heures dans l'industrie, l'administration et l'enseignement. Soit à peine une heure. Une situation plutôt réjouissante qui est imputable à la diminution très forte enregistrée par certaines branches. Ainsi en dix ans, la moyenne est passée de 45,6 à 42,2 heures dans l'hôtellerie et la restauration et de 44,1 à 42,2 heures dans la construction. Quant aux mieux lotis au niveau du temps de travail, ce sont toujours les employés de l'industrie du papier, de l'édition et de l'impression avec une moyenne de 40,5 heures par semaine.

"Vaud-Genève: emplois, établissements et entreprises: résultats et analyse du recensement fédéral des entreprises de 1995"; 152 pages; édition: SCRIS (Vaud)-OCSTAT (Genève); prix: 35 francs.