Portrait

Qui sème le talent, récolte le succès

Nicola Thibaudeau, directrice de MPS Micro Precision Systems à Bienne, inaugure vendredi une nouvelle usine. Depuis son arrivée, en 2003, l’entreprise a beaucoup prospéré et emploie désormais 400 personnes. Portrait de cette native du Québec, enthousiaste et peu «diplomate», dit-elle

Le succès mode d’emploi

Nicola Thibaudeau, directrice de MPS Micro Precision Systems à Bienne, inaugure vendredi une nouvelle usine

Depuis son arrivée, en 2003, l’entreprise a beaucoup prospéré et emploie désormais 400 personnes

Elle n’aime pas parler d’elle mais se montre intarissable lorsqu’il s’agit de présenter sa société, l’entreprise MPS Micro Precision Systems à Bienne. Chaque pièce, du roulement à billes pour l’horlogerie aux petits robots destinés à la chirurgie, a son histoire. Nicola Thibaudeau, directrice générale, salue d’un léger accent québécois chaque collaborateur qu’elle croise dans son usine. Elle les connaît bien et a un mot pour chacun. Aujourd’hui, elle doit finaliser avec une assistante les derniers détails concernant des chandeliers commandés pour l’inauguration vendredi de la nouvelle usine de 3400 mètres carrés de MPS Décolletage à Court, dans le Jura bernois. Quelque 8 millions de francs y ont été investis, par autofinancement.

Chaleureuse, Nicola Thibaudeau a l’œil sur tout, depuis qu’elle a pris la direction générale de MPS Micro Precision Systems en 2003, une société regroupant MPS Precimed à Corgémont, MPS Décolletage à Court, MPS Microsystems à Bienne ainsi que MPS Watch à Bienne et Bonfol. «Je prends beaucoup de place et je ne suis pas 100% diplomate.» Quoi qu’il en soit, depuis son arrivée, l’entreprise a beaucoup prospéré. «C’est aussi grâce à une équipe hautement compétente et motivée», précise-t-elle.

Il y a douze ans, la société comptait 125 collaborateurs et réalisait 18 millions de chiffre d’affaires. Ce sont désormais 400 collaborateurs, répartis sur quatre sites de production, qui travaillent pour ce spécialiste de la microtechnique de précision qui réalise des ventes de 65 millions de francs. MPS vend ses pièces à quelque 300 clients comme Rolex, Patek Philippe, Medtronic ou Stryker. Beaucoup de clients sont européens. «Nous avons dû revoir le prix de certains produits que nous allons lancer sur le marché car nos clients ne sont pas prêts à payer 20% de plus pour s’offrir du Swiss made.» Ainsi, il s’agira, par exemple, de produire de nouvelles fraises à cotyle en carbone que les chirurgiens utilisent avant la pose d’une prothèse de hanche – non pas en Suisse mais probablement en Europe de l’Est. «Ce sont des postes de travail qui auraient pu être créés ici, regrette-t-elle. Aujourd’hui, le marché est plus incertain. C’est difficile d’avoir une vision à long terme.»

Chemisier blanc, pantalon à fleurs, collier orné d’un pendentif géant et montre contenant des roulements à billes «maison», Nicola Thibaudeau possède un prénom peu fréquent pour une femme. «Ma mère a fait plusieurs fausses couches. Elle s’est dit que si sa grossesse passait la Saint-Nicolas, elle donnerait ce prénom à son enfant, avec ou sans s». Femme hors du commun, sa mère donnera finalement naissance à neuf enfants et en adoptera deux autres qui lui avaient été confiés. Cinquième de la fratrie, Nicola Thibaudeau a gardé quelques stigmates de cette famille nombreuse. Une forte indépendance, développée dès son plus jeune âge, de la débrouillardise et les pieds bien sur terre. «J’ai été élevée à Montréal, à mi-chemin entre la ville et la campagne. Nous n’avions pas beaucoup de moyens, se souvient-elle. Ma mère, qui nous réunit chaque année à Noël dans le foyer familial à Deux-Montagnes, nous a élevés quasiment seule. Mais cela ne l’a pas empêchée de reprendre des études de criminologie à l’âge de 48 ans. Cette passionnée, éternelle militante des droits pour la réinsertion des prisonniers, n’hésitait pas à en héberger certains dans notre maison», se souvient-elle. Son père – juriste de formation – avait depuis longtemps quitté le foyer pour se reconvertir dans le domaine artistique. «Il a voulu se lancer dans la création plasticienne de cerfs-volants», dit-elle très sérieusement, sans émettre aucun jugement.

Née en 1960, Nicola Thibaudeau a baigné dans un environnement créatif où l’on ose prendre des risques. Alors que ses dix frères et sœurs se sont tous dirigés vers des voies sociales, Nicola Thibaudeau est la seule à avoir choisi les sciences. «J’aime le concret, créer de la valeur et trouver des solutions.» Lors d’un stage de parachutisme aux Etats-Unis, elle fait une rencontre décisive: une femme ingénieure à la NASA. Elle s’en inspire et décide de s’inscrire à l’Ecole polytechnique de Montréal pour y étudier l’ingénierie mécanique.

Dans le cadre de son premier emploi, chez IBM, elle se rend en Suisse pour y faire développer un équipement d’assemblage destiné à une ligne de composants optoélectroniques. Son style plaît. Un ingénieur dont elle fait la connaissance lui propose de rejoindre Cirorel à La Chaux-de-Fonds comme directrice d’usine. Elle venait de fêter ses 29 ans. Elle accepte immédiatement cette proposition, ravie de rejoindre la vieille Europe. Par la suite, elle rejoint Mécanex en tant que directrice générale et copropriétaire. Quelques années plus tard, elle revend l’entreprise spécialisée dans la mécanique spatiale à Ruag.

En 2003, la famille allemande Faulhaber, propriétaire de MPS Micro Precision Systems – une société suisse née en 1936 et baptisée alors RMB –, lui demande de prendre la tête de l’entreprise. Sous son impulsion, le groupe MPS rachète Marcel Frey à Court, qui devient MPS Décolletage et qui intègre Marius Gerber, petite société de décolletage à Sorvilier. En 2013, une partie des activités abandonnées par l’américain Greatbatch Medical Switzerland qui délocalisait sa production sont reprises. Cinquante emplois sont ainsi sauvés. Puis, c’est l’entreprise Ceré qui est intégrée à MPS Precimed. Enfin, l’année passée, Rolla Décolletage est rachetée. «Depuis 2003, dans le secteur horloger, nous mettons chaque année une innovation sur le marché», dit-elle. Ainsi, apparaîtront cette année des roulements à billes en céramique rendant les montres insensibles aux magnétismes générés notamment par les téléphones portables ou les tablettes.

Lauréate du Prix Veuve Clicquot de la femme d’affaires suisse en 1997, Nicola Thibaudeau encourage la mixité dans son entreprise et se fait un point d’honneur de repérer les profils discrets. «Il ne faut pas que cela soit toujours les mêmes qui bénéficient d’avantages ou de promotions. J’aime fixer des objectifs à mes employés.» A ses deux fils de 16 et 18 ans aussi. «Nous avons toujours fait des randonnées en montagne et revenons d’ailleurs d’un trekking de trois semaines dans l’Himalaya», explique celle qui entend leur inculquer deux valeurs clés: l’esprit de famille et une attitude positive face à la vie.

«Le marché est incertain. C’est difficile d’avoir une vision à long terme»

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